Profiter à fond

Le temps passe vite ici au Cambodge et je m’apprête déjà à rentrer dans le dernier mois de ma mission. Durant mes premières semaines, il m’a fallu un peu de temps pour trouver ma place et le sens de ma présence ici. Pendant cette période d’adaptation, mon attitude était un peu passive et je me contentais de laisser les choses se dérouler à leur rythme bien que trop lent pour moi. Mais cette période est révolue, j’ai maintenant trouvé le sens que je voulais donner à ma mission et j’ai décidé de suivre mon propre rythme. L’éclair est venu de l’école Beehive School. Alors que mon emploi du temps jusque-là ne comptait qu’un cours d’anglais d’une heure chaque soir, un peu de préparation avant et quelques visites très ponctuelles des communautés alentours pour assister mon collègue Riethy, j’ai vu passer une annonce sur Facebook pour donner des cours de français/anglais à des enfants. J’ai sauté sur l’occasion de remplir un peu plus mes journées et de faire ce pourquoi j’étais venu au Cambodge : du volontariat. Ainsi j’ai découvert Beehive School, une école au fonctionnement atypique. Contrairement aux écoles publiques où les parents doivent payer quelques dollars tous les mois pour que leurs enfants puissent être inscrits, les cours à Beehive School sont gratuits. Enfin pas totalement … ici la monnaie d’échange utilisée est le sac plastique ! Chaque jour, les enfants doivent amener des emballages plastiques usagés à l’école en échange de l’instruction. Ces sacs collectés sont utilisés par l’école avec l’aide des enfants pour fabriquer des écobriques, des « briques » faites à partir de bouteilles plastiques remplies d’emballages plastiques tassés qui peuvent ensuite être utilisés dans des constructions : banc, table, muret, délimitation d’espaces verts … Un moyen de donner une seconde vie au plastique et de sensibiliser les enfants au problème des déchets dont le Cambodge souffre. Dans cette école, seules les langues sont enseignées : anglais, français et allemand. Me concernant j’y donne des cours de français avec un peu d’anglais à raison de 2 heures par semaine. Comme les horaires se chevauchent avec mes cours d’anglais à l’école d’Anlong Vil, je ne peux enseigner qu’à la classe de niveau débutant composée d’enfants de 5 à 13 ans.

En ce qui concerne l’école d’Anlong Vil, je dispense maintenant mes cours toujours à la même classe, avec l’assistance du professeur cambodgien. Les élèves ont entre 15 et 17 ans et leur niveau d’anglais est intermédiaire. La timidité des premiers jours a laissé place à un enthousiasme parfois un peu trop débordant qui est un peu difficile à canaliser… Je ne m’en sors tout de même pas trop mal et essaye d’adapter mon cours au niveau d’excitation de la classe.

Concernant ma mission sur le terrain, je ne suis retourné qu’une seule fois à la communauté d’Ochoam pour deux jours. Tous les membres de la communauté étaient rassemblés pour avancer dans la construction du site d’éco-tourisme.

En ce qui me concerne j’ai eu la responsabilité de dispenser un cours de cuisine française aux femmes de la communauté. Au menu : bœuf bourguignon et crêpes. Le bœuf bourguignon a été plutôt une réussite même si les ingrédients dont je disposais étaient un peu différents de ceux trouvés en France. Les cambodgiens ont eu l’air de bien apprécier la recette et étaient étonnés de ne presque pas sentir le goût du vin alors que j’en avais versé presque une bouteille entière.

Pour les crêpes, ce ne fut pas la même histoire. A défaut de trouver de la farine, on avait acheté une préparation à laquelle il suffisait d’ajouter le lait. La fabrication de la pâte s’est donc déroulée sans accroc. En revanche la confection des crêpes a été plus chaotique. Comme la cuisine n’était pas équipée de poêle, j’ai dû utiliser un wok pour cuire les crêpes ce qui ne s’y prête vraiment pas à cause du fond arrondi et de la surface très adhésive. Je n’ai donc pu faire mieux que des espèces de pancakes à moitié déchirés. Je les ai tout de même donnés à déguster à la communauté après avoir étalé de la confiture et ils ont trouvé ça bon.

En plus du cours de cuisine, j’ai également dispensé un cours de gestion des déchets devant l’ensemble de la communauté. Ce sujet est vraiment problématique au Cambodge car le pays manque cruellement d’infrastructures pour traiter tous les déchets qu’il produit. A part dans les très grandes villes, aucun système de collecte des ordures n’existe. Les habitants doivent donc s’en occuper eux-mêmes. Les deux seules alternatives qui s’offrent à eux sont soit de les brûler, mais cela produit des fumées toxiques, soit de s’en débarrasser directement dans l’environnement. Cependant, grâce à ce que j’ai appris à Beehive School, j’ai pu leur présenter une troisième solution : celle des écobriques.

Ma première écobrique

Cela permet de réutiliser une bonne partie des plastiques usagés de la communauté et donc de réduire leur production de déchets. Au-delà de ça, la fabrication d’écobriques est un processus complexe, de la collecte des déchets à leur utilisation dans des constructions, qui demande une bonne collaboration entre les acteurs. C’est donc un excellent moyen d’éduquer les membres de la communauté à la gestion des déchets en les impliquant dans ce travail de longue haleine. Les constructions finales seront mises en place sur le site d’écotourisme et témoigneront de la volonté de faire d’Ochoam un site respectueux de l’environnement, ce qui est essentiel pour un site d’écotourisme. Enfin, au bout de la chaîne, cela permettra de sensibiliser les visiteurs qui profiteront des équipements, à la gestion des déchets et de montrer que des solutions existent.

Cette présentation a été très bien reçue par les membres de la communauté qui m’ont montré qu’ils étaient prêts à démarrer « l’Aventure Ecobrique ». J’ai donc commencé à préparer un plan d’action à mettre en place que je présenterai à la communauté à ma prochaine visite. Cependant ces visites sont très rares (seulement 2 en 2 mois pour l’instant) et leur rythme ne dépend pas de moi, j’ai donc bien conscience qu’il sera impossible d’achever ce plan d’action d’ici la fin de ma mission. Toutefois je vais essayer de faire avec les moyens qu’on me donne pour avancer au maximum sur le sujet avant de, je l’espère, passer le témoin à quelqu’un d’autre.

Même si ma présence sur le terrain n’est pas assez régulière à mon goût, je suis quand même content d’être engagé dans un projet en lien avec l’écologie qui donne un vrai sens à ma mission et qui aura un impact concret sur la vie des habitants de la communauté.

Pendant mon temps libre à Ochoam, j’ai pu partir en balade dans la jungle le long d’une cascade. L’occasion de découvrir un site spectaculaire mais pas encore prêt à accueillir les touristes étrangers du fait des nombreux déchets qui jalonnent le parcours.

Pour ce qui est de ma vie de tous les jours à Battambang, elle est toujours aussi agréable et je m’y sens de mieux en mieux intégré. Mais bon, mes yeux ne sont toujours pas bridés et ma peau est encore blanche donc les khmers me regardent toujours comme un « baran », comprenez un français, un amalgame commis par les cambodgiens pour désigner l’ensemble des étrangers mais qui dans mon cas est plutôt approprié.

Pour faciliter mon intégration, j’ai appris quelques bases de Khmer. C’est insuffisant pour communiquer bien sûr mais cela me permet de reconnaitre des morceaux de conversation et de placer les mots que je connais. C’est toujours très bien reçu par les cambodgiens qui sont étonnés d’entendre du Khmer sortir de la bouche d’un « baran » et apprécient l’intérêt que je porte à leur culture.

Pendant mon temps libre, j’ai aussi approfondi un peu mes visites de la région. Je suis notamment allé visiter dernièrement Samphov Mountain, une colline surmontée de temples et abritant des grottes, le tout à une quinzaine de kilomètres de Battambang, rien d’insurmontable à vélo. J’avais entendu dire que la colline abritait des singes et j’espérais pouvoir les voir cette fois comme je les avais manqués dans la jungle. Le suspense aura été de courte durée. A peine arrivé, une poignée de macaques attendent les touristes en bas des marches grimpant sur la colline. Et ce n’est qu’un échantillon, les singes jalonnent les escaliers menant au sommet en espérant que des touristes veuillent bien les nourrir. Il vaut mieux garder sa nourriture dans son sac ici. Une fillette en a fait les frais. Elle a dû abandonner, à son grand désespoir, la fin de son gâteau au profit d’un singe qui l’avait repéré. C’est la première fois pour moi que je vois des singes en liberté. On ne peut cependant pas dire qu’ils sont à l’état sauvage, leur présence est intimement liée à celle des Hommes. Je suis ébahi par leur comportement tellement semblable à celui des humains. Dans un coin, deux macaques, l’un déguste le quatre-heures abandonné par la fillette en prenant soin de bien déchirer l’emballage et l’autre se désaltère avec une bouteille d’eau qu’il ouvre sans aucune difficulté.

En plus des singes, la colline est réputée pour ses chauves-souris qui s’envolent par milliers chaque jour à la tombée de la nuit depuis une grotte. Malheureusement pour moi je n’ai pas pu assister à ce spectacle que j’ai attendu jusqu’à la tombée de la nuit depuis le haut de la colline, jusqu’à ce que je me rende compte que le point d’observation se situait en fait en bas. Ce n’est que partie remise. Mais il me faut maintenant rentrer avec ma monture. Et avec toute cette attente, il fait maintenant nuit noire. Heureusement j’ai prévu l’éclairage. Les 15 km de route jusqu’à la maison se sont plutôt transformés en une trentaine de kilomètres après avoir fait un détour pas très stratégique pour éviter la grande route où la circulation est trop importante. Mais le trajet retour s’est déroulé sans encombre et mon assiette de riz m’attendait à la maison. Voilà quelques photos de cette petite sortie.

Ce dimanche, j’ai organisé un après-midi de jeux d’extérieur avec les enfants de Beehive School pour leur faire découvrir les jeux français et passer un bon moment tous ensemble. Je me suis donc transformé en animateur de centre aéré le temps d’un après-midi. La première étape a été de trouver un terrain adapté, c’est-à-dire suffisamment grand et ombragé car il fait plus de 30°C en plein après-midi. Il s’est trouvé que le seul dans les alentours qui répondait à ces critères était un champ habité par quelques vaches qui avaient laissé de gros trous dans le sol. Plus d’une trentaine d’enfants avaient répondu à l’appel. Heureusement, un ami professeur d’anglais et le directeur de l’école étaient venus m’aider. Ce qui n’était pas de trop pour gérer toute cette petite troupe bien excitée et pour m’aider à expliquer les règles des jeux en traduisant en Khmer. Au programme de l’après-midi : Tomate, Passe à 10, Balle aux prisonniers et Dobble.

Le week-end prochain je pars à Siem Reap pour visiter les fameux temples d’Angkor, un incontournable du Cambodge. Le dimanche je participerai aux 10 km d’Angkor Vat, une course internationale se déroulant dans l’enceinte du site d’Angkor. Un magnifique week-end en perspective dont je vous ferai bien entendu le récit.

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