Il était une fin

Cela ne vous a pas échappé, nous traversons en ce moment une crise sanitaire mondiale qui affecte tout le monde, de près ou de loin. Le Népal n’a bien entendu pas été épargné et bien que peu de cas de coronavirus aient été officiellement recensés dans le pays, le gouvernement a décidé de durcir de plus en plus ses mesures pour limiter la propagation du virus jusqu’à mettre en place un confinement total de la population depuis le 24 mars.

Depuis Nishanke, dans les contreforts de l’Himalaya, toute cette agitation nous semblait d’abord bien lointaine mais nous avons progressivement été rattrapés par l’actualité qui s’est faite de plus en plus pressante. Notre organisation nous a alors fait comprendre que soit nous choisissions de rentrer chez nous tant que cela était encore possible soit nous consentions à rester pour une durée indéterminée le temps que la crise passe. Nous avons ainsi perdu plus de la moitié des volontaires qui soit par choix soit par obligation ont été contraints de rentrer chez eux.

De mon côté, j’ai d’abord choisi de rester en me disant que j’étais mieux dans la campagne népalaise qu’en France à ce moment-là. De plus j’étais enthousiasmé à l’idée de pouvoir donner une tournure vraiment humanitaire à ma mission en préparant la communauté à la crise. Mais en réalité nous avons été rattrapés par le confinement, nous contraignant à rester soit dans notre famille d’accueil, soit au centre des volontaires. Autrement dit plus de balades à vélo, plus de treks ou de visite du pays à la fin de ma mission, plus de contact avec les locaux, plus de mission humanitaire. C’est pour toutes ces raisons que j’ai finalement consenti à mettre fin à mon aventure prématurément.

Mais entre prendre la décision de rentrer et effectivement rentrer chez soi, le chemin à parcourir est tortueux lorsqu’on se trouve dans un des endroits les plus isolés de la planète en temps de crise. Il y a d’abord eu les tentatives de communication infructueuses avec l’ambassade de France au Népal complètement débordée par les événements. Sur les réseaux sociaux, des rumeurs de vols de rapatriement naissent et disparaissent chaque jour (les vols commerciaux sont eux tous annulés), faisant augmenter le stress pour moi qui ai besoin d’une journée de transport pour rejoindre l’aéroport à Katmandou. Au bout de plusieurs jours sans nouvelles de l’ambassade, je décide finalement de me rendre à Katmandou par mes propres moyens pour être directement disponible en cas d’annonce d’un vol du jour pour le lendemain.

Mes adieux avec ma famille d’accueil et mes camarades volontaires se font un peu dans la précipitation mais j’ai malgré tout le temps de savourer ces derniers instants de partage. Je laisse derrière moi deux mois d’aventure humaine incroyable immergé dans une culture si lointaine mais avec des gens tellement accueillants et joyeux.

Me voilà donc parti en Jeep pour un voyage de plus de 10 heures jusqu’à Katmandou avec un arrêt à Okhaldhunga pour obtenir mon autorisation de voyager car les routes sont normalement fermées. En chemin nous avons rencontré un éboulement massif causé par des travaux en haut de la montagne. Pas d’autre choix que de nous frayer nous même un chemin en dégageant des pierres de plusieurs dizaines de kilos. Une opération un tout petit peu dangereuse, surtout quand une pierre ayant glissé du haut de la montagne est venue s’éclater à quelques mètres de nous.

Le reste du trajet fut heureusement un peu plus paisible, bercé par le balancement de la Jeep sur les routes cabossées et par les chansons népalaises à la radio.

Nous sommes arrivés de nuit dans un Katmandou complètement désert et j’ai été déposé au bureau de mon association où j’étais resté trois jours à mon arrivée au Népal. 5 autres volontaires européens étaient déjà présents, soit en attente d’un rapatriement comme moi, soit bloqués dans leur voyage par le confinement. En groupe, l’attente est rendue moins pénible malgré l’interdiction totale de sortir. Il faut dire que les conditions de vie ne sont pas si désagréables avec un grand bâtiment rien que pour nous et un petit jardin superbement fleuri où nous pouvions nous prélasser sous un soleil radieux et des températures de plus de 25°C.

Je renoue peu à peu avec des éléments de confort que j’avais abandonnés plusieurs mois auparavant : la douche chaude, un matelas épais, de l’électricité presque sans interruption, la télé (avec Netflix)…

Tranquillement, notre routine s’installe autour de nos activités quotidiennes : repas, sieste, jeux de société, sport, film… Et puis au bout de 5 jours, le mail tant attendu de l’ambassade arrive annonçant un vol de rapatriement dans les prochains jours. Marie, une autre volontaire française est aussi dans la liste des passagers avec moi. Une autorisation exceptionnelle de sortir nous est accordée afin de pouvoir régler les détails administratifs à l’ambassade. L’occasion de constater les conséquences du confinement sur la capitale du Népal. Toute l’agitation que j’avais constatée à mon arrivée dans le pays a complétement disparu. Les rues sont quasiment vides. Au loin nous apercevons les montagnes enneigées de l’Himalaya, ce qui n’arrive jamais en temps normal car un nuage de pollution surplombe constamment la vallée de Katmandou. A Thamel, le quartier touristique, toutes les boutiques et quasiment tous les hôtels sont fermés alors que le mois d’avril correspond normalement à la haute saison touristique.

Après une semaine d’attente dans la bonne humeur à Katmandou, l’heure du grand retour arrive enfin. Encore des adieux de bon matin avec les autres volontaires et nous voilà partis à 4h30 du matin pour une balade d’une trentaine de minutes avec 25 kg sur les épaules pour rejoindre la navette qui nous amènera à l’aéroport. Là-bas, un avion affrété par le gouvernement français nous attend. Il servira à ramener à Paris 300 personnes dont une grande majorité de français mais aussi quelques autres européens.

Depuis l’avion je fais mes au revoir à l’Himalaya si imposant mais que je n’ai jamais pu approcher. Une de mes principales frustrations est de n’avoir jamais pu apercevoir le Mont Everest qui était pourtant si proche de moi. Mais je me suis promis de revenir dans ce beau pays pour accomplir ce que j’ai laissé inachevé.

Le samedi 04 avril au soir, me voilà de retour sur le sol français après 6 mois d’un périple mémorable. A l’aéroport je suis attendu par mon père qui est venu me chercher pour me ramener dans mon Limousin natal pour un confinement chez mes parents. Les retrouvailles se font à distances réglementaires bien sûr. J’en ai profité pour initier mes parents à la culture népalaise en leur distribuant des cadeaux qu’on m’avait remis pour eux à mon départ de Nishanke : un dakatopi (chapeau traditionnel népalais) pour mon père de la part du père de ma famille d’accueil et un collier porté par les femmes lors des cérémonies pour ma mère offert par Deepa.

De retour dans ma zone de confort, je reprends tranquillement mes marques et redécouvre la cuisine française dont j’avais été privé pendant plusieurs mois : tartiflette, magret de canard, barbecue, raclette, pâtisseries et j’en passe… Ça change du Dahl Baat !

C’est ainsi que se termine mon aventure, mais je n’en ai pas fini avec vous pour autant ! Il y a encore beaucoup de choses que j’ai envie de partager sur mon expérience que je n’avais pas pu raconter lors de mon voyage par manque de temps. Mais bonne nouvelle : du temps j’en ai à profusion maintenant ! Je vous invite donc à continuer de suivre mon blog car je vais continuer à publier des articles dans les semaines à venir.

D’ici là, portez-vous bien !

PS : Vous serez heureux d’apprendre que Motachie coule des jours paisibles au bureau de VIN à Katmandou pour récupérer de tout ce que je lui ai fait endurer, en attendant de se trouver un nouveau compagnon d’aventure.

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