Et ça continue Angkor et Angkor

Après plus de 2 mois au Cambodge, l’heure était enfin venue d’accomplir mon pèlerinage khmer en me rendant dans le lieu le plus incontournable du pays : les temples d’Angkor. Une visite à double enjeu car en plus de mon intérêt culturel pour ce site, je m’y suis également rendu pour participer à une course à pied dans ce décor de légende.


Jour 1 : Oh ! Mon bateau

Comme pour tout bon pèlerinage qui se respecte, je me devais de rendre le voyage mémorable. J’ai donc décidé de m’y rendre en bateau depuis Battambang. Un trajet certes deux fois plus long qu’en bus mais qui, d’après ce que j’ai entendu, vaut le détour. Le parcours emprunte la rivière Sangker qui passe à Battambang et se jette dans le lac Tonlé Sap qui n’est qu’à quelques encablures de Siem Reap, la base arrière des temples d’Angkor. La durée du trajet dépend beaucoup de la saison : comme nous étions au début de la saison sèche, le niveau d’eau était raisonnablement bas ce qui permettait d’effectuer le voyage en environ 7 heures.

Le départ de Battambang n’est pas très agréable. La vue depuis la rivière n’est pas des plus plaisantes puisqu’on ne peut ignorer les tonnes de déchets qui jonchent les rives. La gestion des déchets est un problème majeur au Cambodge et ceux-ci, lorsqu’ils ne sont pas brûlés, sont souvent jetés directement dans l’environnement. Et immanquablement tous ces déchets se retrouvent dans la rivière où ils sont charriés lors des crues et restent pour beaucoup coincés sur les rives lorsque la décrue s’amorce.

Heureusement, le paysage s’améliore lorsqu’on s’éloigne de la ville. Les déchets se font de moins en moins présents laissant place à une vie sauvage fascinante : oiseaux, singes. Je me livre à un véritable safari photo depuis le toit du bateau.

Mais la vie sauvage n’est pas le seul spectacle. Tout le long de la rivière nous croisons des pêcheurs locaux sur leur petites embarcations qui relèvent leurs filets. Certains nous saluent amicalement d’un geste de la main, d’autres sont plus fermés et ne semblent pas apprécier notre présence. Il faut dire que nous faisons beaucoup de vagues avec notre gros bateau et que cela dérange leur activité.

Un peu plus loin sur notre trajet, nous arrivons sur des villages flottants où les maisons en bois sont posées sur des futs en plastique qui les maintiennent à flot. Ici les motos ont laissé place aux bateaux, le moyen de transport le plus approprié. Depuis notre gros bateau nous observons des enfants se rendre à l’école avec leur petite embarcation sur laquelle ils démontrent un sens de l’équilibre sans faille. La vie des habitants de ces villages flottants est intimement liée à la pratique de la pêche. Les hommes s’occupent d’attraper les poissons alors que les femmes les préparent pour pouvoir les vendre sur le marché.

Ces villages mobiles se déplacent selon la saison et le niveau d’eau de la rivière ce qui donne lieu à un spectacle surprenant où des maisons se font tirer par des bateaux pour être déplacées.

Plus loin sur notre parcours, à un endroit où la rivière est large, nous rencontrons des pêcheurs d’un autre style. Ils pêchent depuis une sorte de bateau-grue qui leur permet de remonter leur filet rapidement pour piéger les poissons.

Au bout de la rivière nous passons par un petit canal de la largeur de notre bateau avant d’arriver sur le gigantesque lac Tonlé Sap.

Le Tonlé Sap est le plus grand lac d’eau douce d’Asie du Sud-Est. Mais au-delà de ses dimensions impressionnantes, c’est avant tout un système environnemental formidable, essentiel à la vie du Cambodge puisqu’il fournit poissons et irrigation à la moitié du pays. Il résulte d’un extraordinaire phénomène naturel. Un chenal long de 100 km, également appelé Tonlé Sap, relie le lac au Mékong, à hauteur de Phnom Penh. De juin à octobre (saison des pluies), le niveau du Mékong augmente rapidement, refoulant l’eau vers le Tonlé Sap qui sert alors de déversoir pour le trop plein. La superficie du lac est alors multipliée par 4 ou 5 et sa profondeur passe de 2 m à plus de 10 m. En octobre, quand s’amorce la décrue du Mékong, le Tonlé Sap reprend son cours normal et draine le surplus du lac vers le Mékong, servant de réservoir pour irriguer les terres en aval.

Source : Lonely Planet – Cambodge

Pour finir d’arriver nous empruntons un bras de rivière qui nous mène à un embarcadère où nous attendent des tuk tuk pour nous amener à Siem Reap, à une dizaine de kilomètres de là. Siem Reap est la deuxième ville du Cambodge mais elle est surtout connue pour être aux portes des temples d’Angkor ce qui en fait la capitale touristique du pays.

A mon arrivée, après m’être installé dans mon auberge, je suis allé louer une bicyclette pour m’accompagner dans mes visites des jours suivants. Puis j’ai retiré mon dossard pour la course de dimanche et j’ai acheté mon Pass 3 jours pour les temples d’Angkor afin d’avoir un accès libre au site. Je me suis ensuite posé à la terrasse d’un rooftop bar pour admirer le coucher de soleil sur Siem Reap et prendre un peu de répit avant de me lancer dans mon marathon culturel le lendemain.

 

Un peu d’histoire :

La construction des temples d’Angkor correspond à l’époque la plus glorieuse de l’histoire cambodgienne, celle où l’Empire khmer accéda au rang de plus grande puissance du Sud-Est asiatique et qui s’étendit de 802 à 1432. Durant cette période, les dieux-rois se sont succédé au pouvoir en tentant chacun de surpasser leurs prédécesseurs par l’édification de sanctuaires de taille et d’envergure inégalées. Ces temples symbolisent pour la plupart le mont Meru, montagne mythique considérée comme l’axe du monde et la demeure des dieux hindous. Après la chute de l’Empire khmer, la plupart des temples sont tombés dans l’oubli et ont été abandonnés aux mains de mère nature. Ce n’est qu’au XIXème siècle que se répandit en Europe la nouvelle de l’existence de ruines fabuleuses au Cambodge suite au récit de voyage de l’explorateur français Henri Mouhot. Dès lors on a commencé à s’intéresser à ce site et à en redécouvrir les merveilles architecturales qui étaient pour beaucoup enfouies dans la jungle. Un long travail de restauration a commencé au XXème siècle et se poursuit encore aujourd’hui. Mais Angkor conserve encore nombre de secrets. Son sous-sol renfermant la véritable histoire de la cité et de ses habitants n’a encore presque pas été exploré.

Les centaines de temples que l’on peut admirer aujourd’hui ne constituent que la partie sacrée d’Angkor, capitale de l’ancien Empire khmer, qui comptait à son apogée un million d’habitants. Les maisons, les bâtiments publics et les palais, construits en bois, ont disparu depuis longtemps. La brique et la pierre étaient en effet réservées aux édifices sacrés.

Source : Lonely Planet – Cambodge


Jour 2 : From dawn till dusk

Réveil à 5 heures. Je me prépare vite fait et hop ! J’enfourche ma bicyclette de location et me voilà parti de nuit pour assister au lever du soleil depuis le temple de Phnom Bakheng positionné au sommet d’une colline.

Après cette mise en jambes, je prends la direction du Bayon, le « temple aux visages ». Il est encore tôt et les touristes n’affluent pas encore sur le site. Le Bayon est un des plus fameux temples, réputé pour ses 54 tours ornées chacune de 4 visages souriants aux 4 points cardinaux ainsi que pour ses éblouissants bas-reliefs, s’étirant sur plus d’un kilomètre et retraçant pour la plupart des scènes de guerre.

Malheureusement la tranquillité dans le temple va vite prendre fin à l’arrivée des premiers bus de chinois, prêts à en découdre pour prendre un maximum de photos. Je décide de fuir cette agitation pour passer la journée à visiter des temples plus reculés et un peu moins populaires dont voici les plus pittoresques :

  • Le Preah Khan, aux dimensions impressionnantes de 700 m par 800 m, offrant un dédale de couloirs interminables.
  • Le Preah Neak Poan, composé de 5 bassins ornés de statues, le tout posé sur un ilot au milieu d’un gigantesque baray, une étendue d’eau servant de réservoir au moment de l’Empire khmer.
  • Le Ta Som, célèbre pour l’arbre géant qui encadre une des portes.
  • Le Mébon oriental, un temple-montagne surmonté de 5 tours et gardé par 4 éléphants de pierre occupant chacun des 4 angles.
  • Le Prè Rup, assez similaire au Mébon oriental avec les éléphants en moins et où les touristes se massent en fin de journée pour y admirer le coucher de soleil.

A la fin de cette longue journée, je suis allé admirer les reflets du soleil couchant sur les douves du temple d’Angkor Vat avant de me rentrer à mon auberge.


Jour 3 : Angkor what?

Angkor un matin, mais pas un matin pour rien, un matin pour aller visiter le joyau d’Angkor, l’emblème du Cambodge et la fierté des cambodgiens qu’ils affichent jusque sur leur drapeau : le temple d’Angkor Vat (prononcez Angkor Wat). Un temple aux dimensions impressionnantes. Il forme un gigantesque rectangle de 1,5 km sur 1,3 km, entouré d’une douve de 190 m de largeur, ce qui en fait le plus grand édifice religieux de la planète. Ce temple a été édifié par le roi Suryavarman II de 1112 à 1152. Un chantier d’une ampleur étourdissante qui a nécessité l’intervention de 300 000 ouvriers et 6 000 éléphants qui servaient à transporter les blocs de pierre.

Comme la veille, j’arrive sur place aux aurores pour pouvoir admirer le lever de soleil sur le temple. Mais je ne suis pas le seul à avoir eu l’idée et des centaines de touristes sont déjà postés, appareil photo à la main, pour essayer d’avoir le plus beau cliché.

Mais étonnamment, une fois le soleil levé, la plupart des touristes repartent à leur hôtel et le temple retrouve une certaine tranquillité. C’est le moment idéal pour aller le visiter de plus près. A l’extérieur du temple central, une extraordinaire série de bas-reliefs s’étire sur 800 m. Ils retracent pour la plupart des scènes de la mythologie hindoue. Le Bakan, niveau supérieur du temple est accessible par un escalier très raide, symbolisant la difficulté d’accéder au royaume des dieux. Il est surmonté de 5 tours en forme de fleur de lotus qui dessinent la fameuse silhouette d’Angkor Vat.

Après la visite de ce chef d’œuvre, les autres temples allaient paraître bien fades. Pourtant ma journée était loin d’être terminée et j’ai repris ma bicyclette de compétition pour aller découvrir des temples plus éloignés, en périphérie d’Angkor dont voici les plus remarquables :

  • Le Phnom Bok, posé au sommet d’une colline de 212 m, valant d’avantage le détour pour la vue qu’il offre sur la campagne alentour que pour le temple en lui-même qui est assez modeste.
  • Le Chaw Srei Vibol, faisant partie d’un ensemble assez impressionnant complètement enfoui dans la jungle mais qui a beaucoup souffert du temps.
  • Le Bakong, un temple-montagne construit sur 5 niveaux, gardé par des éléphants en pierre à chacun de ses angles.

Jour 4 : Run boy run

C’est le grand jour de la course ! Je participe aux 10 km faisant partie du semi-marathon international d’Angkor Vat. Le parcours est une grande ligne droite de 5 km complètement plate, parcourue dans les deux sens et qui longe certains des temples les plus fameux d’Angkor, dont le Bayon, avec un départ et une arrivée aux portes d’Angkor Vat. Je me suis préparé assez sérieusement pour cette course même si j’ai dû réduire ma dose d’entraînement à cause de quelques pépins physiques. Mais avec environ 150 km de vélo dans les jambes après 2 jours de visite des temples d’Angkor, ma fraîcheur est un peu entamée. Peu importe, c’est la première fois pour moi que j’accroche un dossard depuis plus de 4 ans et je suis vraiment excité à l’idée de participer à cette course.

Le lever est encore plus matinal que les autres jours : à 4 heures pour un départ de la course à 6 heures. J’ai prévu de me rendre sur le site de la course avec mon vélo, histoire de me faire un petit échauffement et de pouvoir embrayer sur la visite des temples après la course. Mais une mauvaise surprise m’attend au moment de prendre mon vélo, la clé de mon anti-vol s’est cassée dans mon sac et il m’est impossible de le déverrouiller. Mon vélo est cloué au sol et à un peu plus d’une heure du départ la pression monte soudainement. Je choisis alors l’option la plus sage, celle de prendre un tuk tuk pour me rendre au départ. A mon arrivée il fait encore nuit noire et la température est fraîche mais l’ambiance est chaleureuse. Plus de 12 000 coureurs venus de 85 pays différents se sont donnés rendez-vous pour participer à cet évènement.

Le départ du 10 km est donné alors qu’à côté de nous, le soleil est en train de se lever sur le temple d’Angkor Vat. Sachant que je risque d’avoir du mal à tenir la distance au vu de mon manque de fraîcheur et du peu de travail foncier lors de ma préparation, je choisis de prendre un départ prudent … un peu trop même avec un premier kilomètre en 4’38. J’essaie d’accélérer progressivement au fil de la course, voyant que les sensations sont bonnes. Je passe au 5 km en 22’00. Le trajet retour est la partie la plus plaisante. Je croise tous les autres coureurs qui m’encouragent et me tapent dans la main. Boosté par cet enthousiasme, je finis fort avec un chrono final de 42’32 ce qui me classe à une honorable 15ème place sur plus de 4 000 arrivants. Un classement qu’il faut tout de même relativiser au vu du niveau pas très relevé de la course et du nombre important de participants venus plus pour un footing dans ce cadre magique. Après ma course, je prends quelques photos pour marquer l’évènement puis je rentre me doucher à mon auberge.

Après un passage chez le loueur de vélo pour changer de monture, l’autre étant définitivement clouée au sol, je m’élance pour la deuxième partie de ma journée avec des jambes un peu lourdes tout de même. Le site d’Angkor est tellement vaste qu’il me reste encore pas mal de temples d’intérêt à visiter :

  • Le Ta Prohm, mon coup de cœur, un temple qui a été complètement englouti par la jungle à tel point qu’elle est maintenant indissociable de l’édifice. Des arbres plusieurs fois centenaires viennent enserrer les pierres, comme pour les consolider.
  • Le Ta Keo, un temple-montagne qui culmine à près de 50 m, ce qui ne suffit pas pour offrir un point de vue depuis son sommet tant les arbres environnants sont hauts.
  • Le Baphuon dont la restauration par des archéologues français s’est achevée en 2011. Un temple vertigineux dont l’un des murs fut façonné au XVIème siècle en un surprenant bouddha couché de 60 m.

Et voilà, ainsi se termine ce week-end pour le moins sportif, au cours duquel j’ai parcouru en long en large et en travers le site d’Angkor avec mon vélo sur quelques 200 km pour partir à la découverte de pas moins de 34 temples en 3 jours. En plus de ceux que je vous ai fait découvrir dans mon article, vous pouvez retrouver dans la galerie photos tous les autres temples que j’ai visités. Tous ne sont pas aussi majestueux ou aussi bien entretenus et certains se rapprochent plus du tas de pierres que de l’édifice religieux mais cela permet d’avoir une bonne vision d’ensemble du site d’Angkor, un site spectaculaire pour la diversité des atmosphères qu’il offre, de l’ébahissement devant la splendeur d’Angkor Vat à la fascination devant des temples paisibles engloutis dans la jungle.

Hier Angkor, j’ignorais tout de ce site merveilleux. Et maintenant, après 3 jours de visite intense, je ne peux plus voir une pierre en sculpture. Je crois que j’ai fait une overdose de culture.

J’espère que tu as compris tous mes jeux de mots, que tu les as bien compris, merci, car il faut que tu saches que j’ai tout fait Pour que tu aimes Angkor !

Koh-Lanta : 2ème partie

Fin novembre j’ai accompagné une communauté de la province de Battambang avec Riethy pour une rencontre avec d’autres communautés dans la province de Stung Treng, à la frontière avec le Laos. L’objectif de cette visite pour les membres était d’échanger sur leurs pratiques en matière d’agriculture ainsi que sur leur mode de fonctionnement général. Moi je n’étais là qu’en tant qu’observateur mais j’en ai aussi profité pour découvrir une nouvelle région. Nous avons fait le trajet en mini-bus et comme souvent dans les transports au Cambodge, l’optimisation de l’espace l’emporte sur le confort. Ainsi nous avons voyagé pendant 12 heures à 16 personnes dans un véhicule qui ne comptait que 11 vrais sièges. Au bout de notre périple à travers le Nord-Ouest du Cambodge, nous sommes arrivés dans la ville de Stung Treng, sur les bords du majestueux Mékong.

Le Mékong vu depuis un pont

Le lendemain, nous avons rencontré les autres communautés. Les échanges ont été assez brefs et nous avons passé la plupart de la journée entre le transport en mini-bus et la visite de quelques sites d’intérêt. Nous nous sommes notamment arrêtés aux chutes d’eau de Preah Nimith, un site magique qui marque la frontière avec le Laos et où le Mékong démontre toute sa puissance.

L’excursion pour la communauté ne se déroulait que sur 3 jours : 2 jours de trajet pour un seul jour de visite. Comme je ne voulais pas avoir fait tout ce trajet sans avoir visité d’avantage les alentours, j’ai abandonné mes camarades de voyage qui rentraient à Battambang pour partir en expédition en solo. J’ai profité du mini-bus d’une autre communauté qui rentrait vers Phnom Penh pour qu’il me dépose à Ban Lung, capitale de la province du Ratanakiri, à l’extrémité Nord-Est du pays.

J’y ai passé la nuit puis le lendemain matin j’ai commencé mon aventure Koh-Lanta : un trek dans la jungle de 2 jours. J’ai fait équipe avec 4 allemands. Nous étions encadrés par 2 guides. Kimi, un guide professionnel anglophone et Wel, un guide local issu d’une minorité et qui ne parlait pas anglais. Notre aventure a débuté par un voyage en bateau d’une quarantaine de minutes sur la rivière Tonle San pour rejoindre le point de départ de notre marche où des buffles nous attendaient les fesses dans l’eau.

C’est là que les choses sérieuses ont commencé. Nous nous sommes mis en marche avec nos sacs à dos chargés de nos affaires pour la nuit et de nos provisions pour les deux jours. La première partie du trajet était dans les rizières et donc en plein soleil. Nous sommes donc assez rapidement monté en température. Au bout d’une petite heure, nous avons enfin rejoint la jungle et l’ombre. Là nous avons fait notre pause déjeuner où nous avons dégusté notre ration de riz servie dans une feuille de bananier.

Pendant la pause Kimi s’est amusé à construire une sarbacane en bambou qu’il a testée en utilisant des baies trouvées sur le passage comme munitions. Puis nous avons repris notre marche sur des sentiers qui se faisaient de plus en plus étroits au fur et à mesure que nous nous s’enfoncions dans la jungle jusqu’à ce qu’il n’y ait carrément plus de chemin. Les guides en tête nous ont alors ouvert la route à grands coups de machette. Tout le long de notre trek, Kimi nous montrait des végétaux aux propriétés intéressantes. Par exemple, il nous a expliqué que le liquide extrait du tronc d’un certain arbre avait le pouvoir d’étourdir les poissons lorsqu’il était versé dans une étendue d’eau. Ainsi, cela les faisait remonter à la surface où ils pouvaient être pêchés sans difficulté. Il nous a garanti que les poissons pêchés de cette manière étaient propres à la consommation. Il nous a également fait tester des feuilles et des écorces à l’odeur ou au goût surprenants. Nous avons aussi bu de l’eau contenue dans un bambou, un bon moyen de s’hydrater si on est perdu dans la jungle sans réserve.

Au bout de cette bonne marche, nous sommes arrivés à une cascade avec une petite piscine naturelle où nous nous sommes arrêtés pour établir notre campement pour la nuit. Mais ce n’était cependant pas encore l’heure de se reposer, nous étions convoqués pour l’épreuve de confort. Au programme : construction d’un radeau pour une navigation dans la piscine naturelle. Nous avons relevé ce challenge, bien aidé par Kimi qui nous a confectionné un radeau 100 % en bambou, idéal pour deux personnes mais un poil compliqué à manœuvrer dans un espace si restreint.

Après avoir relevé ce défi avec succès, l’heure de la récompense était venue. Les guides avaient fait un feu pour nous concocter un repas typique composé de légumes locaux cuisinés à l’intérieur d’un bambou servis avec du riz, le tout accompagné de l’alcool de riz local dégusté dans des verres en bambou, et en guise de dessert, des petits poissons cuits au barbecue, fraichement pêchés par Kimi.

Après ce bon repas, nous sommes restés à la lueur de la flamme, au milieu de l’obscurité profonde de la jungle, pour écouter les histoires captivantes de Kimi. Durant ce conseil improvisé, il nous a notamment parlé du tigre et de toute la légende construite autour. Même si leur nombre est en déclin, la région est toujours peuplée par quelques tigres qui peuvent parfois s’aventurer près des Hommes. Pas plus tard qu’un mois avant notre venue, un tigre s’est approché d’un village ce qui a déclenché une grande panique chez les habitants qui ont fébrilement sorti leur fusil. Mais aucun d’entre eux n’a osé tirer sur l’animal car pour ce faire il faut être sûr d’être en position pour l’abattre car il ne laissera pas de seconde chance. Même les chiens, d’habitude si bruyants, se sont tus comme hypnotisés par la présence de la bête qui a fini par rebrousser chemin.

Après avoir écouté ces belles histoires du soir, il était l’heure d’aller se coucher dans nos hamacs accrochés à une structure en bambou construite par Wel. Pour nous aider à trouver le sommeil, Kimi nous a ironiquement expliqué que comme il faisait nuit et que nous étions à côté d’une cascade, nous ne pouvions ni voir ni entendre les animaux donc aucune raison de s’inquiéter. Pas très rassurant quand même …

Notre campement pour la nuit

Après cette nuit peu reposante et très fraiche, nous nous sommes réveillés au petit jour. Les guides avaient déjà allumé le feu pour préparer le petit déjeuner qui était une nouvelle fois accompagné de poissons grillés pêchés du matin.

Petit déj : pain et poissons grillés

Nous avons assisté au splendide spectacle des premiers rayons du soleil transperçant la jungle épaisse pour plonger dans l’eau translucide du bassin naturel.

Puis nous nous sommes remis en route pour rejoindre notre point de départ par un chemin différent. Sur le retour, nos guides nous ont une nouvelle fois fait profiter de leurs connaissances. Ils nous ont montré un arbre auquel ils ont mis le feu afin d’en récupérer un liquide sécrété pour se défendre contre cette agression. Ce liquide visqueux est utilisé pour imperméabiliser les bateaux en bois.

Kimi nous a également fait manger des fourmis rouges vivantes étonnamment goûtues. Ils les utilisent parfois en cuisine pour remplacer le citron dans certaines sauces.

A défaut de trouver un collier d’immunité au cours de notre trek, nous avons fait la rencontre d’une belle araignée de la taille de ma main. Kimi s’est amusé à la prendre et à la mettre sur son bras pour nous effrayer.

Une fois revenus à notre point de départ au bord de la rivière, nous avons rechargé nos batteries avec un bon repas avant de reprendre le bateau en direction du village d’une tribu reculée. Ici les habitants vivent uniquement de l’agriculture et notamment de la riziculture. Ils ne parlent pas Khmer et utilisent un dialecte qui leur est propre pour communiquer. Le village étant proche de la rivière, tous les ans pendant la saison des pluies il est inondé. La plupart des maisons sont construites sur pilotis mais certaines sont de plain-pied et les habitants doivent donc déménager pendant les crues.

Nous avons visité le cimetière du village. Contrairement à la plupart des cambodgiens, cette tribu n’est pas bouddhiste et a ses propres rites. Kimi nous a expliqué le déroulement des funérailles qui sont une grande fête joyeuse où l’on célèbre le mort et où les gens se rencontrent et passent du bon temps ensemble. Ces célébrations s’étendent sur plusieurs jours au cours desquels de grands repas avec de la musique sont organisés. La tombe du défunt est décorée et des sacrifices d’animaux peuvent être effectués. Une seconde célébration a lieu un an après les funérailles puis la tombe est laissée aux mains de mère nature.

Après cette visite, nous avons de nouveau pris le bateau pour revenir au point où notre périple avait commencé. Comme il n’y avait plus de place dans la voiture pour rentrer sur Ban Lung à 30 km de là, c’est une moto-taxi qui a été chargée de me raccompagner. Au cours du trajet, j’ai compris pourquoi la province était surnommée « terre rouge ». Un nuage de poussière rouge s’élevait après le passage de chaque véhicule sur la route en terre et venait donner une belle teinte ocre à mes vêtements.

De retour à Ban Lung, j’ai passé la nuit dans une charmante auberge tenue par les personnes de l’agence avec laquelle j’avais fait mon trek. Le lendemain j’avais mon bus retour à 10 heures mais je voulais d’abord aller visiter les quelques sites d’intérêt alentour, à savoir quelques chutes d’eau et un lac de cratère. Comme le temps m’était compté, j’ai choisi l’option du scooter pour me déplacer. Une grande première pour moi en tant que conducteur que j’ai bien appréciée surtout lorsqu’il s’agissait de passer par des chemins en terre en mode tout terrain. Voici les photos rapportées de mes visites.

Retrouvez toutes les photos de cette expédition dans la galerie photos !

Profiter à fond

Le temps passe vite ici au Cambodge et je m’apprête déjà à rentrer dans le dernier mois de ma mission. Durant mes premières semaines, il m’a fallu un peu de temps pour trouver ma place et le sens de ma présence ici. Pendant cette période d’adaptation, mon attitude était un peu passive et je me contentais de laisser les choses se dérouler à leur rythme bien que trop lent pour moi. Mais cette période est révolue, j’ai maintenant trouvé le sens que je voulais donner à ma mission et j’ai décidé de suivre mon propre rythme. L’éclair est venu de l’école Beehive School. Alors que mon emploi du temps jusque-là ne comptait qu’un cours d’anglais d’une heure chaque soir, un peu de préparation avant et quelques visites très ponctuelles des communautés alentours pour assister mon collègue Riethy, j’ai vu passer une annonce sur Facebook pour donner des cours de français/anglais à des enfants. J’ai sauté sur l’occasion de remplir un peu plus mes journées et de faire ce pourquoi j’étais venu au Cambodge : du volontariat. Ainsi j’ai découvert Beehive School, une école au fonctionnement atypique. Contrairement aux écoles publiques où les parents doivent payer quelques dollars tous les mois pour que leurs enfants puissent être inscrits, les cours à Beehive School sont gratuits. Enfin pas totalement … ici la monnaie d’échange utilisée est le sac plastique ! Chaque jour, les enfants doivent amener des emballages plastiques usagés à l’école en échange de l’instruction. Ces sacs collectés sont utilisés par l’école avec l’aide des enfants pour fabriquer des écobriques, des « briques » faites à partir de bouteilles plastiques remplies d’emballages plastiques tassés qui peuvent ensuite être utilisés dans des constructions : banc, table, muret, délimitation d’espaces verts … Un moyen de donner une seconde vie au plastique et de sensibiliser les enfants au problème des déchets dont le Cambodge souffre. Dans cette école, seules les langues sont enseignées : anglais, français et allemand. Me concernant j’y donne des cours de français avec un peu d’anglais à raison de 2 heures par semaine. Comme les horaires se chevauchent avec mes cours d’anglais à l’école d’Anlong Vil, je ne peux enseigner qu’à la classe de niveau débutant composée d’enfants de 5 à 13 ans.

En ce qui concerne l’école d’Anlong Vil, je dispense maintenant mes cours toujours à la même classe, avec l’assistance du professeur cambodgien. Les élèves ont entre 15 et 17 ans et leur niveau d’anglais est intermédiaire. La timidité des premiers jours a laissé place à un enthousiasme parfois un peu trop débordant qui est un peu difficile à canaliser… Je ne m’en sors tout de même pas trop mal et essaye d’adapter mon cours au niveau d’excitation de la classe.

Concernant ma mission sur le terrain, je ne suis retourné qu’une seule fois à la communauté d’Ochoam pour deux jours. Tous les membres de la communauté étaient rassemblés pour avancer dans la construction du site d’éco-tourisme.

En ce qui me concerne j’ai eu la responsabilité de dispenser un cours de cuisine française aux femmes de la communauté. Au menu : bœuf bourguignon et crêpes. Le bœuf bourguignon a été plutôt une réussite même si les ingrédients dont je disposais étaient un peu différents de ceux trouvés en France. Les cambodgiens ont eu l’air de bien apprécier la recette et étaient étonnés de ne presque pas sentir le goût du vin alors que j’en avais versé presque une bouteille entière.

Pour les crêpes, ce ne fut pas la même histoire. A défaut de trouver de la farine, on avait acheté une préparation à laquelle il suffisait d’ajouter le lait. La fabrication de la pâte s’est donc déroulée sans accroc. En revanche la confection des crêpes a été plus chaotique. Comme la cuisine n’était pas équipée de poêle, j’ai dû utiliser un wok pour cuire les crêpes ce qui ne s’y prête vraiment pas à cause du fond arrondi et de la surface très adhésive. Je n’ai donc pu faire mieux que des espèces de pancakes à moitié déchirés. Je les ai tout de même donnés à déguster à la communauté après avoir étalé de la confiture et ils ont trouvé ça bon.

En plus du cours de cuisine, j’ai également dispensé un cours de gestion des déchets devant l’ensemble de la communauté. Ce sujet est vraiment problématique au Cambodge car le pays manque cruellement d’infrastructures pour traiter tous les déchets qu’il produit. A part dans les très grandes villes, aucun système de collecte des ordures n’existe. Les habitants doivent donc s’en occuper eux-mêmes. Les deux seules alternatives qui s’offrent à eux sont soit de les brûler, mais cela produit des fumées toxiques, soit de s’en débarrasser directement dans l’environnement. Cependant, grâce à ce que j’ai appris à Beehive School, j’ai pu leur présenter une troisième solution : celle des écobriques.

Ma première écobrique

Cela permet de réutiliser une bonne partie des plastiques usagés de la communauté et donc de réduire leur production de déchets. Au-delà de ça, la fabrication d’écobriques est un processus complexe, de la collecte des déchets à leur utilisation dans des constructions, qui demande une bonne collaboration entre les acteurs. C’est donc un excellent moyen d’éduquer les membres de la communauté à la gestion des déchets en les impliquant dans ce travail de longue haleine. Les constructions finales seront mises en place sur le site d’écotourisme et témoigneront de la volonté de faire d’Ochoam un site respectueux de l’environnement, ce qui est essentiel pour un site d’écotourisme. Enfin, au bout de la chaîne, cela permettra de sensibiliser les visiteurs qui profiteront des équipements, à la gestion des déchets et de montrer que des solutions existent.

Cette présentation a été très bien reçue par les membres de la communauté qui m’ont montré qu’ils étaient prêts à démarrer « l’Aventure Ecobrique ». J’ai donc commencé à préparer un plan d’action à mettre en place que je présenterai à la communauté à ma prochaine visite. Cependant ces visites sont très rares (seulement 2 en 2 mois pour l’instant) et leur rythme ne dépend pas de moi, j’ai donc bien conscience qu’il sera impossible d’achever ce plan d’action d’ici la fin de ma mission. Toutefois je vais essayer de faire avec les moyens qu’on me donne pour avancer au maximum sur le sujet avant de, je l’espère, passer le témoin à quelqu’un d’autre.

Même si ma présence sur le terrain n’est pas assez régulière à mon goût, je suis quand même content d’être engagé dans un projet en lien avec l’écologie qui donne un vrai sens à ma mission et qui aura un impact concret sur la vie des habitants de la communauté.

Pendant mon temps libre à Ochoam, j’ai pu partir en balade dans la jungle le long d’une cascade. L’occasion de découvrir un site spectaculaire mais pas encore prêt à accueillir les touristes étrangers du fait des nombreux déchets qui jalonnent le parcours.

Pour ce qui est de ma vie de tous les jours à Battambang, elle est toujours aussi agréable et je m’y sens de mieux en mieux intégré. Mais bon, mes yeux ne sont toujours pas bridés et ma peau est encore blanche donc les khmers me regardent toujours comme un « baran », comprenez un français, un amalgame commis par les cambodgiens pour désigner l’ensemble des étrangers mais qui dans mon cas est plutôt approprié.

Pour faciliter mon intégration, j’ai appris quelques bases de Khmer. C’est insuffisant pour communiquer bien sûr mais cela me permet de reconnaitre des morceaux de conversation et de placer les mots que je connais. C’est toujours très bien reçu par les cambodgiens qui sont étonnés d’entendre du Khmer sortir de la bouche d’un « baran » et apprécient l’intérêt que je porte à leur culture.

Pendant mon temps libre, j’ai aussi approfondi un peu mes visites de la région. Je suis notamment allé visiter dernièrement Samphov Mountain, une colline surmontée de temples et abritant des grottes, le tout à une quinzaine de kilomètres de Battambang, rien d’insurmontable à vélo. J’avais entendu dire que la colline abritait des singes et j’espérais pouvoir les voir cette fois comme je les avais manqués dans la jungle. Le suspense aura été de courte durée. A peine arrivé, une poignée de macaques attendent les touristes en bas des marches grimpant sur la colline. Et ce n’est qu’un échantillon, les singes jalonnent les escaliers menant au sommet en espérant que des touristes veuillent bien les nourrir. Il vaut mieux garder sa nourriture dans son sac ici. Une fillette en a fait les frais. Elle a dû abandonner, à son grand désespoir, la fin de son gâteau au profit d’un singe qui l’avait repéré. C’est la première fois pour moi que je vois des singes en liberté. On ne peut cependant pas dire qu’ils sont à l’état sauvage, leur présence est intimement liée à celle des Hommes. Je suis ébahi par leur comportement tellement semblable à celui des humains. Dans un coin, deux macaques, l’un déguste le quatre-heures abandonné par la fillette en prenant soin de bien déchirer l’emballage et l’autre se désaltère avec une bouteille d’eau qu’il ouvre sans aucune difficulté.

En plus des singes, la colline est réputée pour ses chauves-souris qui s’envolent par milliers chaque jour à la tombée de la nuit depuis une grotte. Malheureusement pour moi je n’ai pas pu assister à ce spectacle que j’ai attendu jusqu’à la tombée de la nuit depuis le haut de la colline, jusqu’à ce que je me rende compte que le point d’observation se situait en fait en bas. Ce n’est que partie remise. Mais il me faut maintenant rentrer avec ma monture. Et avec toute cette attente, il fait maintenant nuit noire. Heureusement j’ai prévu l’éclairage. Les 15 km de route jusqu’à la maison se sont plutôt transformés en une trentaine de kilomètres après avoir fait un détour pas très stratégique pour éviter la grande route où la circulation est trop importante. Mais le trajet retour s’est déroulé sans encombre et mon assiette de riz m’attendait à la maison. Voilà quelques photos de cette petite sortie.

Ce dimanche, j’ai organisé un après-midi de jeux d’extérieur avec les enfants de Beehive School pour leur faire découvrir les jeux français et passer un bon moment tous ensemble. Je me suis donc transformé en animateur de centre aéré le temps d’un après-midi. La première étape a été de trouver un terrain adapté, c’est-à-dire suffisamment grand et ombragé car il fait plus de 30°C en plein après-midi. Il s’est trouvé que le seul dans les alentours qui répondait à ces critères était un champ habité par quelques vaches qui avaient laissé de gros trous dans le sol. Plus d’une trentaine d’enfants avaient répondu à l’appel. Heureusement, un ami professeur d’anglais et le directeur de l’école étaient venus m’aider. Ce qui n’était pas de trop pour gérer toute cette petite troupe bien excitée et pour m’aider à expliquer les règles des jeux en traduisant en Khmer. Au programme de l’après-midi : Tomate, Passe à 10, Balle aux prisonniers et Dobble.

Le week-end prochain je pars à Siem Reap pour visiter les fameux temples d’Angkor, un incontournable du Cambodge. Le dimanche je participerai aux 10 km d’Angkor Vat, une course internationale se déroulant dans l’enceinte du site d’Angkor. Un magnifique week-end en perspective dont je vous ferai bien entendu le récit.

Koh-Lanta : 1ère partie

La semaine dernière se déroulait les célébrations nationales de la fête des Eaux à Phnom Penh. A cette occasion, 4 jours fériés consécutifs, du samedi au mardi, sont accordés à l’ensemble du pays. J’ai donc saisi l’opportunité de ce week-end à rallonge pour partir faire ma première expédition en solo dans le pays : direction les îles paradisiaques du Sud du Cambodge !

Mais une telle destination ça se mérite. Depuis Battambang, pas moins de 15 heures de bus m’attendent pour rejoindre Sihanoukville, lieu de départ des ferrys. J’ai pu goûter au plaisir des bus de nuit où l’on doit partager une couchette plus petite qu’un lit simple avec un total inconnu. Après ce petit trajet des plus agréables, me voilà à Sihanoukville. J’avais entendu dire que cette ville n’était pas très jolie à visiter, mais c’est encore pire que ce que je pensais. Toute la ville est en travaux ! Cette cité balnéaire auparavant assez paisible a complétement changé de visage depuis trois ans du fait d’investissements chinois massifs qui veulent en faire une destination touristique de luxe. Les conséquences de ce développement précipité : de la poussière partout, des ouvriers travaillant dans des conditions exécrables, des cambodgiens chassés de leurs habitations et un environnement complètement délaissé.

A ce stade, rien ne laisse penser que je vais me rendre dans un endroit paradisiaque à part peut-être la concentration d’occidentaux qui augmente de plus en plus en se rapprochant du ferry.

A 16h, j’arrive enfin sur l’île de Koh Rong Sanloem. Le décor est digne de Koh-Lanta avec la civilisation en plus. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien, 2 saisons de l’émission ont été tournées sur l’île voisine de Koh Rong. J’ai l’impression de rentrer dans une bulle dès que je pose mon premier pied sur la jetée. Là-bas, pas de chauffeur de tuk tuk pour m’accoster à chaque pas que je fais, de toute façon il n’y a aucun transport sur l’île.

Ce n’est cependant pas encore le moment de se reposer pour moi. J’ai une heure de marche pour atteindre mon hébergement à Sunset Beach, une plage reculée réputée pour ses couchers de soleil. Je longe la plage principale longue de plus de 2 km où se succèdent resort de luxe et bungalows plus sobres. Les touristes se prélassent entre leur logement et la plage. L’atmosphère est paisible, le temps a l’air de s’être arrêté. Je m’enfonce ensuite dans la jungle pour rejoindre l’autre côté de l’île. Le changement de décor et d’ambiance est brutal lorsqu’on quitte la plage. Avec les cris stridents des insectes, l’atmosphère y est plus inquiétante. Il vaut mieux s’équiper de répulsif anti-moustique ici. Il me semble distinguer des cris de singe parmi le bruit ambiant mais je ne parviens pas à les apercevoir.

Arrivé à Sunset Beach, j’ai juste le temps de prendre mon logement avant de me poser sur la plage pour voir le coucher de Soleil.

Je ne regrette vraiment pas mon choix de logement, cette plage est plus sauvage que la plage principale et le personnel est super accueillant. Malheureusement pour moi je n’ai réservé qu’une nuit ici en pensant que cela suffirait pour profiter de l’île mais au vu de mon arrivée tardive, repartir dès le lendemain serait trop précipité. Je choisis donc de prendre une nuit de plus dans une auberge de la plage principale cette fois car mon premier logement est complet. J’ai donc pu passer deux jours sur l’île entre plage, baignade, snorkeling et balades.

Ces jolies photos ne reflètent cependant pas toute la réalité de l’île. Ce paradis de façade cache quelques vérités plus désagréables. Comme le reste du Cambodge, Koh Rong Sanloem n’est pas épargné par le problème des déchets. Bien que certains hôtels fassent des efforts en nettoyant quotidiennement leur section de plage, cette attitude est loin d’être généralisée. A certains endroits, la pollution visuelle est telle que certains touristes prennent eux-mêmes les choses en main en remplissant des sacs de déchets. Evidemment ces ordures délaissées ne mettent pas très longtemps avant de se retrouver dans la mer.

Durant mon séjour à Koh Rong Sanloem, j’ai également eu le temps de faire quelques balades dans les terres. Et je me suis vite rendu compte que l’île ne se prêtait pas trop à la randonnée. Les chemins ne comportent aucun balisage et il est très compliqué de savoir d’où partir. Ici, on attend plutôt des touristes qu’ils restent tranquillement entre la plage de leur hôtel et le restaurant le plus proche. Animé par mon âme d’explorateur, j’ai quand même décidé de m’enfoncer un peu dans la jungle, enfin ce qu’il en reste. Même si de loin elle semble dense, en y pénétrant on se rend compte que de grandes étendues de forêts ont été abattues. C’est le prix à payer pour subvenir au besoin des complexes hôteliers de plus en plus nombreux sur l’île.

Malgré ces quelques désagréments, j’ai pu profiter pleinement de la douceur de la vie sur l’île au cours de mon séjour. Lors du retour à Sihanoukville, le ferry s’est complètement arrêté au beau milieu de la traversée, créant une petite panique, surtout chez les touristes chinois qui se sont aussitôt mis à enfiler leur gilet de sauvetage. Excepté un qui a plutôt choisi de sortir sa canne à pêche et de lancer son hameçon depuis le ferry. Heureusement cette petite pause a été de courte durée et nous avons pu repartir même si la puissance du bateau semblait bien diminuée. En se rapprochant de Sihanoukville par la mer, on se rend encore mieux compte de la multitude de construction en cours. Il y a autant de grues que d’immeubles construits.

Ma destination suivante est la plage d’Otres Beach, réputée comme étant la plage la plus populaire du Cambodge, à quelques kilomètres du centre de Sihanoukville. Mais là encore, les investissements chinois ont fait leur chemin et les trois kilomètres de plage ne sont qu’une succession d’immeubles en construction.

La plage en elle-même reste toutefois assez agréable et les cambodgiens y sont présents en nombre pour se relaxer et faire des barbecues entre amis ou en famille.

Le lendemain, pour conclure mon voyage, j’avais réservé une excursion en bateau sur les îles voisines. J’ai passé la journée dans un groupe de dix touristes emmenés par notre conducteur de bateau cambodgien qui nous a fait voir plusieurs sites d’intérêts sur des îles presque désertes. Au programme : snorkeling, relaxation sur la plage, barbecue et plongeon depuis un rocher.

Après ce beau séjour rempli de souvenirs et de coups de soleil, il était temps de reprendre le bus de nuit pour rentrer. J’ai une nouvelle fois pu profiter des joies des couchettes que j’ai, cette fois, eu la chance de partager avec un letton alcoolisé, ronflant et un peu envahissant. Avant de revenir à Battambang, j’ai fait escale à Phnom Penh pendant trois jours pour suivre une formation avec les autres membres de mon ONG. Au cours de ce petit séjour dans la capitale, j’ai eu l’occasion de vivre un petit moment privilégié. Un soir après ma journée de formation, j’ai voulu aller courir. Comme les rues de Phnom Penh ne se prêtent pas du tout à la pratique de la course à pied, je me suis rendu au stade olympique qui, contrairement à ce que son nom laisse penser, n’a jamais accueilli les Jeux Olympiques. C’est le seul stade digne de ce nom au Cambodge et il fait partie d’un grand complexe sportif où les cambodgiens se réunissent pour pratiquer tout un tas de sports : aérobic, marche, volley, football, badminton, tennis, sports de combat et même pétanque. Problème : en arrivant sur place, les gens faisaient leur exercice autour du stade mais personne dans le stade qui semblait fermé. J’ai quand même voulu vérifier par moi-même. J’ai réussi à pénétrer à l’extérieur des tribunes puis à descendre jusqu’au bord des grilles de la piste d’athlétisme sans que personne ne m’arrête. Arrivé en bord de terrain, je comprends pourquoi le stade est fermé. Les cambodgiens sont en train de faire les préparatifs pour un match de foot le lendemain. Malgré cela, emporté par mon envie, je demande gentiment à un membre du staff si je peux aller sur la piste pour courir. Il demande à son collègue puis me fait signe que je peux y aller. Le kif ! Une piste à 8 couloirs pour moi tout seul dans un stade de 60 000 places tout éclairé. Malheureusement le plaisir sera de courte durée et je n’aurai le droit qu’à un tour d’honneur. A la sortie du deuxième virage un membre de la sécurité m’attend et me fait signe de quitter la piste. Malgré quelques tentatives de négociation, il ne veut rien entendre. Mon moment de gloire est terminé.

Les photos présentées dans cet article sont un « best-of » de mon expédition. Rendez-vous dans la Galerie Photos pour retrouver l’intégralité des photos avec des commentaires.

Être un écocitoyen

Voilà un mois que j’ai quitté la France et que je découvre ce magnifique pays qu’est le Cambodge avec son peuple bienveillant. Merci de continuer de suivre mes aventures sur mon blog. J’espère que mes récits et mes photos vous permettent de voyager un peu avec moi. Depuis le début, ce qui m’a motivé à construire ce projet est mon envie de découvrir d’autres cultures et d’autres modes de vie mais également la volonté de concrétiser mon engagement pour la planète. Pour ce faire j’ai choisi de m’investir dans des missions en lien avec la protection de l’environnement. Mais en plus de cela j’ai pour ambition de publier une série d’articles « écocitoyens » sur mon blog. L’objectif de ces articles est de vous sensibiliser au développement durable et de vous donner les clés pour vraiment adopter une attitude écoresponsable.

Lors d’une conférence sur la transition écologique, l’explorateur Jean-Louis Etienne mettait en avant que pour avoir un impact le plus positif possible sur l’environnement, nous nous devons « d’être efficace sur notre zone d’influence ». Aujourd’hui vous, chers lecteurs, êtes ma zone d’influence et je vais donc m’efforcer de tirer le plus de bénéfices possibles de l’attention que vous voulez bien porter à mes articles pour éveiller votre conscience écologique et vous permettre à votre tour d’avoir un impact positif sur votre zone d’influence. Voici donc mon premier article « écocitoyen ».


C’est devenu difficile de passer à côté, nous voyons ces sujets tous les jours à la télé, sur les réseaux sociaux, dans la presse … Entre la fonte de la banquise, les sécheresses extrêmes, les canicules jamais vues, la disparition d’espèces animales et végétales, les forêts en feu … Cela ne fait plus aucun doute, les effets du réchauffement climatique ont commencé à se faire sentir et notre planète nous lance des cris d’alerte de plus en plus violents pour que nous entendions son désespoir.

Les faits sont là, impossible à nier, il suffit d’écouter Greta Thunberg: « We are at the beginning of a mass extinction ». Et le pire dans tout ça, c’est que c’est NOUS qui en sommes responsables. Oui NOUS, enfin notre mode de vie, notre façon de consommer, de nous déplacer, d’utiliser notre énergie … Cela ne date pas d’hier, l’origine du réchauffement climatique se situerait au XIXème siècle avec la révolution industrielle. Dès lors, nous avons commencé à exploiter de manière intensive et inconsciente toutes les ressources que la Terre pouvait nous offrir en quête de croissance économique mais au prix d’une augmentation drastique des émissions de gaz à effet de serre. Nous avons mené ce mode de vie autodestructeur aveuglément pendant des décennies et nous continuons à le mener aujourd’hui. Mais la différence avec le passé, c’est que maintenant nous ne pouvons plus ignorer les conséquences dramatiques de nos actes.

Mais alors que faire face à ce constat, plutôt négatif, il faut l’avouer ? Je ne vois que 3 solutions :

  • La première, la plus simple : Ne rien faire ! Continuer de vivre avec le même mode de vie sans se préoccuper des répercussions sur notre environnement. Certaines personnes le font déjà très bien ! Cependant cette solution présente un léger défaut … La durabilité ! En effet, difficile de s’imaginer en 2050 avec près de 10 milliards d’habitants sur Terre vivant dans les mêmes conditions qu’aujourd’hui alors que nous vivons déjà à crédit par rapport aux ressources que la nature peut nous donner. Si nous ne changeons pas concrètement notre façon de consommer, les conséquences du réchauffement climatique, que nous commençons à entrevoir, se feront encore plus extrêmes et notre planète deviendra de plus en plus hostile et inhospitalière.
  • La deuxième solution est utopique : Tout arrêter ! Brutalement, cesser toute activité humaine engendrant l’émission de gaz à effet de serre. Cela reviendrait en quelque sorte à abandonner complétement notre modèle de société actuel. Certes les effets sur notre planète seraient magnifiques mais sommes-nous réellement prêts pour un tel bouleversement ? Je ne pense pas.
  • Heureusement, il y a une troisième solution, bien plus envisageable, à mi-chemin entre la première et la deuxième solution, et qui permettrait de passer d’un état de surconsommation et de surexploitation des ressources de la Terre à un état d’équilibre prenant en compte les enjeux environnementaux. Cette solution a un nom : c’est la Transition Ecologique ou comment changer progressivement notre modèle de société pour se tourner vers un modèle durable. Et … Bonne nouvelle ! Cette transition a déjà commencé. Mais le chemin à parcourir est encore bien long.

– Alors quel est mon rôle à moi, simple citoyen, dans cette transition écologique ?
– Et bien tu ne dois pas être un simple citoyen, tu dois devenir un écocitoyen !
– Et ça consiste en quoi d’être un écocitoyen ?
– Un écocitoyen est une personne consciente d’appartenir à un territoire qui garantit son existence ce qui implique pour elle des droits et des devoirs par rapport à cet environnement. La première étape est donc la prise de conscience de son environnement et des impacts à court, moyen et long terme que son comportement peut avoir sur cet environnement. Une fois conscient des conséquences potentielles de ses actes, l’écocitoyen doit être capable de les prendre en compte dans ses actions de tous les jours afin de trouver des alternatives plus respectueuses de l’environnement.

Voici les principales qualités nécessaires pour être un écocitoyen :

  • L’altruisme et le réalisme : La protection de l’environnement est une lutte qui se joue à l’échelle mondiale. Par conséquent, nous devons accepter le fait que la plupart des efforts que nous consentons au quotidien, nous n’en verrons jamais les fruits. Difficile de se motiver à prendre le vélo plutôt que la voiture pour se rendre à son travail, alors que l’on sait pertinemment que les bénéfices engendrés sur l’environnement seront imperceptibles. Et pourtant, tous ces gestes du quotidien sont d’une importance capitale car en plus de leur bénéfice direct, ils contribuent à faire changer les mentalités et à basculer vers un monde plus durable. C’est le principe du Mouvement Colibris de Pierre Rabhi qui encourage chacun à « faire sa part » pour contribuer à la transition écologique.
  • La vision globale : La démarche écocitoyenne requiert donc une prise de conscience des impacts potentiels de son comportement sur l’environnement. Pour avoir une représentation exacte des conséquences de ses actes, il est nécessaire d’en avoir une vision globale. Par exemple, si je décide d’acheter une brosse à dents en bambou sur Internet afin de réduire ma consommation de plastique, cela semble à première vue être un bon geste écocitoyen. Pourtant en regardant plus loin, on se rend compte que cet acte à des effets secondaires néfastes comme le transport du colis jusqu’à son domicile ou le fait que le produit risque d’arriver avec tout un tas d’emballages. Ainsi, avec le recul nécessaire on prend conscience que l’intérêt écologique du produit est annihilé par les inconvénients de la commande sur Internet. En résumé, il ne faut pas se contenter de regarder à son échelle mais il faut voir plus large pour réellement prendre conscience des impacts de son comportement.
  • La pédagogie : On en est tous témoin, les préoccupations environnementales ne touchent pas tout le monde de la même manière. Certaines personnes semblent ne pas du tout en tenir compte dans leur comportement. C’est rageant de faire des efforts et de se rendre compte que leurs bénéfices sont annihilés par l’attitude irresponsable de son voisin. Cela génère des divisions entre les personnes et peut être la source de tensions. Pour mettre fin à ce genre d’attitude individualiste, la bonne attitude à adopter est la pédagogie. C’est certes plus facile à dire qu’à mettre en application mais il suffit pourtant de commencer par sensibiliser son entourage et d’expliquer ses convictions pour tenter de les faire adhérer. Le but final étant de fédérer les personnes pour faire de la transition écologique un mouvement global qui rassemble tout le monde autour de l’objectif commun de la protection de l’environnement.
  • La raison : Être écocitoyen c’est prendre en compte dans chacune de ses actions, les conséquences que ses actes sont susceptibles de produire sur l’environnement. Pour autant cela ne signifie pas de cesser de consommer, cesser de se déplacer, cesser de voyager … cesser de vivre. Il faut simplement avoir une attitude raisonnable et modérée et faire les efforts qu’il nous est possible de faire à notre échelle sans tout sacrifier pour autant.

En résumé une attitude écocitoyenne passe par deux étapes. D’abord la prise de conscience des conséquences de ses actes sur l’environnement puis leurs prises en compte dans ses actions de tous les jours. Autrement dit réfléchir avant d’agir.

Ainsi se termine ce long article qui a permis de définir le concept d’écocitoyenneté et de l’inscrire dans le cadre de la transition écologique. Certes rien de concret n’a été dit pour l’instant mais il est important de savoir d’où l’on part et où l’on va pour être capable d’agir efficacement. Dans mes prochains articles écocitoyens, je vous aiderai à réaliser quels sont les réels impacts de votre comportement sur l’environnement et vous donnerai les clés pour trouver des alternatives plus respectueuses de l’environnement. L’objectif final étant que vous soyez vous-même capable de sensibiliser votre entourage et d’éveiller leur conscience écologique.