Après plus de 2 mois au Cambodge, l’heure était enfin venue d’accomplir mon pèlerinage khmer en me rendant dans le lieu le plus incontournable du pays : les temples d’Angkor. Une visite à double enjeu car en plus de mon intérêt culturel pour ce site, je m’y suis également rendu pour participer à une course à pied dans ce décor de légende.
Jour 1 : Oh ! Mon bateau
Comme pour tout bon pèlerinage qui se respecte, je me devais de rendre le voyage mémorable. J’ai donc décidé de m’y rendre en bateau depuis Battambang. Un trajet certes deux fois plus long qu’en bus mais qui, d’après ce que j’ai entendu, vaut le détour. Le parcours emprunte la rivière Sangker qui passe à Battambang et se jette dans le lac Tonlé Sap qui n’est qu’à quelques encablures de Siem Reap, la base arrière des temples d’Angkor. La durée du trajet dépend beaucoup de la saison : comme nous étions au début de la saison sèche, le niveau d’eau était raisonnablement bas ce qui permettait d’effectuer le voyage en environ 7 heures.
Le départ de Battambang n’est pas très agréable. La vue depuis la rivière n’est pas des plus plaisantes puisqu’on ne peut ignorer les tonnes de déchets qui jonchent les rives. La gestion des déchets est un problème majeur au Cambodge et ceux-ci, lorsqu’ils ne sont pas brûlés, sont souvent jetés directement dans l’environnement. Et immanquablement tous ces déchets se retrouvent dans la rivière où ils sont charriés lors des crues et restent pour beaucoup coincés sur les rives lorsque la décrue s’amorce.

Heureusement, le paysage s’améliore lorsqu’on s’éloigne de la ville. Les déchets se font de moins en moins présents laissant place à une vie sauvage fascinante : oiseaux, singes. Je me livre à un véritable safari photo depuis le toit du bateau.
Mais la vie sauvage n’est pas le seul spectacle. Tout le long de la rivière nous croisons des pêcheurs locaux sur leur petites embarcations qui relèvent leurs filets. Certains nous saluent amicalement d’un geste de la main, d’autres sont plus fermés et ne semblent pas apprécier notre présence. Il faut dire que nous faisons beaucoup de vagues avec notre gros bateau et que cela dérange leur activité.
Un peu plus loin sur notre trajet, nous arrivons sur des villages flottants où les maisons en bois sont posées sur des futs en plastique qui les maintiennent à flot. Ici les motos ont laissé place aux bateaux, le moyen de transport le plus approprié. Depuis notre gros bateau nous observons des enfants se rendre à l’école avec leur petite embarcation sur laquelle ils démontrent un sens de l’équilibre sans faille. La vie des habitants de ces villages flottants est intimement liée à la pratique de la pêche. Les hommes s’occupent d’attraper les poissons alors que les femmes les préparent pour pouvoir les vendre sur le marché.
Ces villages mobiles se déplacent selon la saison et le niveau d’eau de la rivière ce qui donne lieu à un spectacle surprenant où des maisons se font tirer par des bateaux pour être déplacées.
Plus loin sur notre parcours, à un endroit où la rivière est large, nous rencontrons des pêcheurs d’un autre style. Ils pêchent depuis une sorte de bateau-grue qui leur permet de remonter leur filet rapidement pour piéger les poissons.
Au bout de la rivière nous passons par un petit canal de la largeur de notre bateau avant d’arriver sur le gigantesque lac Tonlé Sap.
Le Tonlé Sap est le plus grand lac d’eau douce d’Asie du Sud-Est. Mais au-delà de ses dimensions impressionnantes, c’est avant tout un système environnemental formidable, essentiel à la vie du Cambodge puisqu’il fournit poissons et irrigation à la moitié du pays. Il résulte d’un extraordinaire phénomène naturel. Un chenal long de 100 km, également appelé Tonlé Sap, relie le lac au Mékong, à hauteur de Phnom Penh. De juin à octobre (saison des pluies), le niveau du Mékong augmente rapidement, refoulant l’eau vers le Tonlé Sap qui sert alors de déversoir pour le trop plein. La superficie du lac est alors multipliée par 4 ou 5 et sa profondeur passe de 2 m à plus de 10 m. En octobre, quand s’amorce la décrue du Mékong, le Tonlé Sap reprend son cours normal et draine le surplus du lac vers le Mékong, servant de réservoir pour irriguer les terres en aval.
Source : Lonely Planet – Cambodge
Pour finir d’arriver nous empruntons un bras de rivière qui nous mène à un embarcadère où nous attendent des tuk tuk pour nous amener à Siem Reap, à une dizaine de kilomètres de là. Siem Reap est la deuxième ville du Cambodge mais elle est surtout connue pour être aux portes des temples d’Angkor ce qui en fait la capitale touristique du pays.
A mon arrivée, après m’être installé dans mon auberge, je suis allé louer une bicyclette pour m’accompagner dans mes visites des jours suivants. Puis j’ai retiré mon dossard pour la course de dimanche et j’ai acheté mon Pass 3 jours pour les temples d’Angkor afin d’avoir un accès libre au site. Je me suis ensuite posé à la terrasse d’un rooftop bar pour admirer le coucher de soleil sur Siem Reap et prendre un peu de répit avant de me lancer dans mon marathon culturel le lendemain.

Un peu d’histoire :
La construction des temples d’Angkor correspond à l’époque la plus glorieuse de l’histoire cambodgienne, celle où l’Empire khmer accéda au rang de plus grande puissance du Sud-Est asiatique et qui s’étendit de 802 à 1432. Durant cette période, les dieux-rois se sont succédé au pouvoir en tentant chacun de surpasser leurs prédécesseurs par l’édification de sanctuaires de taille et d’envergure inégalées. Ces temples symbolisent pour la plupart le mont Meru, montagne mythique considérée comme l’axe du monde et la demeure des dieux hindous. Après la chute de l’Empire khmer, la plupart des temples sont tombés dans l’oubli et ont été abandonnés aux mains de mère nature. Ce n’est qu’au XIXème siècle que se répandit en Europe la nouvelle de l’existence de ruines fabuleuses au Cambodge suite au récit de voyage de l’explorateur français Henri Mouhot. Dès lors on a commencé à s’intéresser à ce site et à en redécouvrir les merveilles architecturales qui étaient pour beaucoup enfouies dans la jungle. Un long travail de restauration a commencé au XXème siècle et se poursuit encore aujourd’hui. Mais Angkor conserve encore nombre de secrets. Son sous-sol renfermant la véritable histoire de la cité et de ses habitants n’a encore presque pas été exploré.
Les centaines de temples que l’on peut admirer aujourd’hui ne constituent que la partie sacrée d’Angkor, capitale de l’ancien Empire khmer, qui comptait à son apogée un million d’habitants. Les maisons, les bâtiments publics et les palais, construits en bois, ont disparu depuis longtemps. La brique et la pierre étaient en effet réservées aux édifices sacrés.
Source : Lonely Planet – Cambodge
Jour 2 : From dawn till dusk
Réveil à 5 heures. Je me prépare vite fait et hop ! J’enfourche ma bicyclette de location et me voilà parti de nuit pour assister au lever du soleil depuis le temple de Phnom Bakheng positionné au sommet d’une colline.
Après cette mise en jambes, je prends la direction du Bayon, le « temple aux visages ». Il est encore tôt et les touristes n’affluent pas encore sur le site. Le Bayon est un des plus fameux temples, réputé pour ses 54 tours ornées chacune de 4 visages souriants aux 4 points cardinaux ainsi que pour ses éblouissants bas-reliefs, s’étirant sur plus d’un kilomètre et retraçant pour la plupart des scènes de guerre.
Malheureusement la tranquillité dans le temple va vite prendre fin à l’arrivée des premiers bus de chinois, prêts à en découdre pour prendre un maximum de photos. Je décide de fuir cette agitation pour passer la journée à visiter des temples plus reculés et un peu moins populaires dont voici les plus pittoresques :
- Le Preah Khan, aux dimensions impressionnantes de 700 m par 800 m, offrant un dédale de couloirs interminables.
- Le Preah Neak Poan, composé de 5 bassins ornés de statues, le tout posé sur un ilot au milieu d’un gigantesque baray, une étendue d’eau servant de réservoir au moment de l’Empire khmer.
- Le Ta Som, célèbre pour l’arbre géant qui encadre une des portes.

- Le Mébon oriental, un temple-montagne surmonté de 5 tours et gardé par 4 éléphants de pierre occupant chacun des 4 angles.
- Le Prè Rup, assez similaire au Mébon oriental avec les éléphants en moins et où les touristes se massent en fin de journée pour y admirer le coucher de soleil.

A la fin de cette longue journée, je suis allé admirer les reflets du soleil couchant sur les douves du temple d’Angkor Vat avant de me rentrer à mon auberge.

Jour 3 : Angkor what?
Angkor un matin, mais pas un matin pour rien, un matin pour aller visiter le joyau d’Angkor, l’emblème du Cambodge et la fierté des cambodgiens qu’ils affichent jusque sur leur drapeau : le temple d’Angkor Vat (prononcez Angkor Wat). Un temple aux dimensions impressionnantes. Il forme un gigantesque rectangle de 1,5 km sur 1,3 km, entouré d’une douve de 190 m de largeur, ce qui en fait le plus grand édifice religieux de la planète. Ce temple a été édifié par le roi Suryavarman II de 1112 à 1152. Un chantier d’une ampleur étourdissante qui a nécessité l’intervention de 300 000 ouvriers et 6 000 éléphants qui servaient à transporter les blocs de pierre.
Comme la veille, j’arrive sur place aux aurores pour pouvoir admirer le lever de soleil sur le temple. Mais je ne suis pas le seul à avoir eu l’idée et des centaines de touristes sont déjà postés, appareil photo à la main, pour essayer d’avoir le plus beau cliché.
Mais étonnamment, une fois le soleil levé, la plupart des touristes repartent à leur hôtel et le temple retrouve une certaine tranquillité. C’est le moment idéal pour aller le visiter de plus près. A l’extérieur du temple central, une extraordinaire série de bas-reliefs s’étire sur 800 m. Ils retracent pour la plupart des scènes de la mythologie hindoue. Le Bakan, niveau supérieur du temple est accessible par un escalier très raide, symbolisant la difficulté d’accéder au royaume des dieux. Il est surmonté de 5 tours en forme de fleur de lotus qui dessinent la fameuse silhouette d’Angkor Vat.
Après la visite de ce chef d’œuvre, les autres temples allaient paraître bien fades. Pourtant ma journée était loin d’être terminée et j’ai repris ma bicyclette de compétition pour aller découvrir des temples plus éloignés, en périphérie d’Angkor dont voici les plus remarquables :
- Le Phnom Bok, posé au sommet d’une colline de 212 m, valant d’avantage le détour pour la vue qu’il offre sur la campagne alentour que pour le temple en lui-même qui est assez modeste.
- Le Chaw Srei Vibol, faisant partie d’un ensemble assez impressionnant complètement enfoui dans la jungle mais qui a beaucoup souffert du temps.

- Le Bakong, un temple-montagne construit sur 5 niveaux, gardé par des éléphants en pierre à chacun de ses angles.

Jour 4 : Run boy run
C’est le grand jour de la course ! Je participe aux 10 km faisant partie du semi-marathon international d’Angkor Vat. Le parcours est une grande ligne droite de 5 km complètement plate, parcourue dans les deux sens et qui longe certains des temples les plus fameux d’Angkor, dont le Bayon, avec un départ et une arrivée aux portes d’Angkor Vat. Je me suis préparé assez sérieusement pour cette course même si j’ai dû réduire ma dose d’entraînement à cause de quelques pépins physiques. Mais avec environ 150 km de vélo dans les jambes après 2 jours de visite des temples d’Angkor, ma fraîcheur est un peu entamée. Peu importe, c’est la première fois pour moi que j’accroche un dossard depuis plus de 4 ans et je suis vraiment excité à l’idée de participer à cette course.
Le lever est encore plus matinal que les autres jours : à 4 heures pour un départ de la course à 6 heures. J’ai prévu de me rendre sur le site de la course avec mon vélo, histoire de me faire un petit échauffement et de pouvoir embrayer sur la visite des temples après la course. Mais une mauvaise surprise m’attend au moment de prendre mon vélo, la clé de mon anti-vol s’est cassée dans mon sac et il m’est impossible de le déverrouiller. Mon vélo est cloué au sol et à un peu plus d’une heure du départ la pression monte soudainement. Je choisis alors l’option la plus sage, celle de prendre un tuk tuk pour me rendre au départ. A mon arrivée il fait encore nuit noire et la température est fraîche mais l’ambiance est chaleureuse. Plus de 12 000 coureurs venus de 85 pays différents se sont donnés rendez-vous pour participer à cet évènement.
Le départ du 10 km est donné alors qu’à côté de nous, le soleil est en train de se lever sur le temple d’Angkor Vat. Sachant que je risque d’avoir du mal à tenir la distance au vu de mon manque de fraîcheur et du peu de travail foncier lors de ma préparation, je choisis de prendre un départ prudent … un peu trop même avec un premier kilomètre en 4’38. J’essaie d’accélérer progressivement au fil de la course, voyant que les sensations sont bonnes. Je passe au 5 km en 22’00. Le trajet retour est la partie la plus plaisante. Je croise tous les autres coureurs qui m’encouragent et me tapent dans la main. Boosté par cet enthousiasme, je finis fort avec un chrono final de 42’32 ce qui me classe à une honorable 15ème place sur plus de 4 000 arrivants. Un classement qu’il faut tout de même relativiser au vu du niveau pas très relevé de la course et du nombre important de participants venus plus pour un footing dans ce cadre magique. Après ma course, je prends quelques photos pour marquer l’évènement puis je rentre me doucher à mon auberge.
Après un passage chez le loueur de vélo pour changer de monture, l’autre étant définitivement clouée au sol, je m’élance pour la deuxième partie de ma journée avec des jambes un peu lourdes tout de même. Le site d’Angkor est tellement vaste qu’il me reste encore pas mal de temples d’intérêt à visiter :
- Le Ta Prohm, mon coup de cœur, un temple qui a été complètement englouti par la jungle à tel point qu’elle est maintenant indissociable de l’édifice. Des arbres plusieurs fois centenaires viennent enserrer les pierres, comme pour les consolider.
- Le Ta Keo, un temple-montagne qui culmine à près de 50 m, ce qui ne suffit pas pour offrir un point de vue depuis son sommet tant les arbres environnants sont hauts.
- Le Baphuon dont la restauration par des archéologues français s’est achevée en 2011. Un temple vertigineux dont l’un des murs fut façonné au XVIème siècle en un surprenant bouddha couché de 60 m.
Et voilà, ainsi se termine ce week-end pour le moins sportif, au cours duquel j’ai parcouru en long en large et en travers le site d’Angkor avec mon vélo sur quelques 200 km pour partir à la découverte de pas moins de 34 temples en 3 jours. En plus de ceux que je vous ai fait découvrir dans mon article, vous pouvez retrouver dans la galerie photos tous les autres temples que j’ai visités. Tous ne sont pas aussi majestueux ou aussi bien entretenus et certains se rapprochent plus du tas de pierres que de l’édifice religieux mais cela permet d’avoir une bonne vision d’ensemble du site d’Angkor, un site spectaculaire pour la diversité des atmosphères qu’il offre, de l’ébahissement devant la splendeur d’Angkor Vat à la fascination devant des temples paisibles engloutis dans la jungle.
Hier Angkor, j’ignorais tout de ce site merveilleux. Et maintenant, après 3 jours de visite intense, je ne peux plus voir une pierre en sculpture. Je crois que j’ai fait une overdose de culture.
J’espère que tu as compris tous mes jeux de mots, que tu les as bien compris, merci, car il faut que tu saches que j’ai tout fait Pour que tu aimes Angkor !




























































































































































