Fin novembre j’ai accompagné une communauté de la province de Battambang avec Riethy pour une rencontre avec d’autres communautés dans la province de Stung Treng, à la frontière avec le Laos. L’objectif de cette visite pour les membres était d’échanger sur leurs pratiques en matière d’agriculture ainsi que sur leur mode de fonctionnement général. Moi je n’étais là qu’en tant qu’observateur mais j’en ai aussi profité pour découvrir une nouvelle région. Nous avons fait le trajet en mini-bus et comme souvent dans les transports au Cambodge, l’optimisation de l’espace l’emporte sur le confort. Ainsi nous avons voyagé pendant 12 heures à 16 personnes dans un véhicule qui ne comptait que 11 vrais sièges. Au bout de notre périple à travers le Nord-Ouest du Cambodge, nous sommes arrivés dans la ville de Stung Treng, sur les bords du majestueux Mékong.

Le lendemain, nous avons rencontré les autres communautés. Les échanges ont été assez brefs et nous avons passé la plupart de la journée entre le transport en mini-bus et la visite de quelques sites d’intérêt. Nous nous sommes notamment arrêtés aux chutes d’eau de Preah Nimith, un site magique qui marque la frontière avec le Laos et où le Mékong démontre toute sa puissance.
L’excursion pour la communauté ne se déroulait que sur 3 jours : 2 jours de trajet pour un seul jour de visite. Comme je ne voulais pas avoir fait tout ce trajet sans avoir visité d’avantage les alentours, j’ai abandonné mes camarades de voyage qui rentraient à Battambang pour partir en expédition en solo. J’ai profité du mini-bus d’une autre communauté qui rentrait vers Phnom Penh pour qu’il me dépose à Ban Lung, capitale de la province du Ratanakiri, à l’extrémité Nord-Est du pays.
J’y ai passé la nuit puis le lendemain matin j’ai commencé mon aventure Koh-Lanta : un trek dans la jungle de 2 jours. J’ai fait équipe avec 4 allemands. Nous étions encadrés par 2 guides. Kimi, un guide professionnel anglophone et Wel, un guide local issu d’une minorité et qui ne parlait pas anglais. Notre aventure a débuté par un voyage en bateau d’une quarantaine de minutes sur la rivière Tonle San pour rejoindre le point de départ de notre marche où des buffles nous attendaient les fesses dans l’eau.
C’est là que les choses sérieuses ont commencé. Nous nous sommes mis en marche avec nos sacs à dos chargés de nos affaires pour la nuit et de nos provisions pour les deux jours. La première partie du trajet était dans les rizières et donc en plein soleil. Nous sommes donc assez rapidement monté en température. Au bout d’une petite heure, nous avons enfin rejoint la jungle et l’ombre. Là nous avons fait notre pause déjeuner où nous avons dégusté notre ration de riz servie dans une feuille de bananier.

Pendant la pause Kimi s’est amusé à construire une sarbacane en bambou qu’il a testée en utilisant des baies trouvées sur le passage comme munitions. Puis nous avons repris notre marche sur des sentiers qui se faisaient de plus en plus étroits au fur et à mesure que nous nous s’enfoncions dans la jungle jusqu’à ce qu’il n’y ait carrément plus de chemin. Les guides en tête nous ont alors ouvert la route à grands coups de machette. Tout le long de notre trek, Kimi nous montrait des végétaux aux propriétés intéressantes. Par exemple, il nous a expliqué que le liquide extrait du tronc d’un certain arbre avait le pouvoir d’étourdir les poissons lorsqu’il était versé dans une étendue d’eau. Ainsi, cela les faisait remonter à la surface où ils pouvaient être pêchés sans difficulté. Il nous a garanti que les poissons pêchés de cette manière étaient propres à la consommation. Il nous a également fait tester des feuilles et des écorces à l’odeur ou au goût surprenants. Nous avons aussi bu de l’eau contenue dans un bambou, un bon moyen de s’hydrater si on est perdu dans la jungle sans réserve.
Au bout de cette bonne marche, nous sommes arrivés à une cascade avec une petite piscine naturelle où nous nous sommes arrêtés pour établir notre campement pour la nuit. Mais ce n’était cependant pas encore l’heure de se reposer, nous étions convoqués pour l’épreuve de confort. Au programme : construction d’un radeau pour une navigation dans la piscine naturelle. Nous avons relevé ce challenge, bien aidé par Kimi qui nous a confectionné un radeau 100 % en bambou, idéal pour deux personnes mais un poil compliqué à manœuvrer dans un espace si restreint.
Après avoir relevé ce défi avec succès, l’heure de la récompense était venue. Les guides avaient fait un feu pour nous concocter un repas typique composé de légumes locaux cuisinés à l’intérieur d’un bambou servis avec du riz, le tout accompagné de l’alcool de riz local dégusté dans des verres en bambou, et en guise de dessert, des petits poissons cuits au barbecue, fraichement pêchés par Kimi.
Après ce bon repas, nous sommes restés à la lueur de la flamme, au milieu de l’obscurité profonde de la jungle, pour écouter les histoires captivantes de Kimi. Durant ce conseil improvisé, il nous a notamment parlé du tigre et de toute la légende construite autour. Même si leur nombre est en déclin, la région est toujours peuplée par quelques tigres qui peuvent parfois s’aventurer près des Hommes. Pas plus tard qu’un mois avant notre venue, un tigre s’est approché d’un village ce qui a déclenché une grande panique chez les habitants qui ont fébrilement sorti leur fusil. Mais aucun d’entre eux n’a osé tirer sur l’animal car pour ce faire il faut être sûr d’être en position pour l’abattre car il ne laissera pas de seconde chance. Même les chiens, d’habitude si bruyants, se sont tus comme hypnotisés par la présence de la bête qui a fini par rebrousser chemin.
Après avoir écouté ces belles histoires du soir, il était l’heure d’aller se coucher dans nos hamacs accrochés à une structure en bambou construite par Wel. Pour nous aider à trouver le sommeil, Kimi nous a ironiquement expliqué que comme il faisait nuit et que nous étions à côté d’une cascade, nous ne pouvions ni voir ni entendre les animaux donc aucune raison de s’inquiéter. Pas très rassurant quand même …

Après cette nuit peu reposante et très fraiche, nous nous sommes réveillés au petit jour. Les guides avaient déjà allumé le feu pour préparer le petit déjeuner qui était une nouvelle fois accompagné de poissons grillés pêchés du matin.

Nous avons assisté au splendide spectacle des premiers rayons du soleil transperçant la jungle épaisse pour plonger dans l’eau translucide du bassin naturel.

Puis nous nous sommes remis en route pour rejoindre notre point de départ par un chemin différent. Sur le retour, nos guides nous ont une nouvelle fois fait profiter de leurs connaissances. Ils nous ont montré un arbre auquel ils ont mis le feu afin d’en récupérer un liquide sécrété pour se défendre contre cette agression. Ce liquide visqueux est utilisé pour imperméabiliser les bateaux en bois.

Kimi nous a également fait manger des fourmis rouges vivantes étonnamment goûtues. Ils les utilisent parfois en cuisine pour remplacer le citron dans certaines sauces.
A défaut de trouver un collier d’immunité au cours de notre trek, nous avons fait la rencontre d’une belle araignée de la taille de ma main. Kimi s’est amusé à la prendre et à la mettre sur son bras pour nous effrayer.

Une fois revenus à notre point de départ au bord de la rivière, nous avons rechargé nos batteries avec un bon repas avant de reprendre le bateau en direction du village d’une tribu reculée. Ici les habitants vivent uniquement de l’agriculture et notamment de la riziculture. Ils ne parlent pas Khmer et utilisent un dialecte qui leur est propre pour communiquer. Le village étant proche de la rivière, tous les ans pendant la saison des pluies il est inondé. La plupart des maisons sont construites sur pilotis mais certaines sont de plain-pied et les habitants doivent donc déménager pendant les crues.
Nous avons visité le cimetière du village. Contrairement à la plupart des cambodgiens, cette tribu n’est pas bouddhiste et a ses propres rites. Kimi nous a expliqué le déroulement des funérailles qui sont une grande fête joyeuse où l’on célèbre le mort et où les gens se rencontrent et passent du bon temps ensemble. Ces célébrations s’étendent sur plusieurs jours au cours desquels de grands repas avec de la musique sont organisés. La tombe du défunt est décorée et des sacrifices d’animaux peuvent être effectués. Une seconde célébration a lieu un an après les funérailles puis la tombe est laissée aux mains de mère nature.

Après cette visite, nous avons de nouveau pris le bateau pour revenir au point où notre périple avait commencé. Comme il n’y avait plus de place dans la voiture pour rentrer sur Ban Lung à 30 km de là, c’est une moto-taxi qui a été chargée de me raccompagner. Au cours du trajet, j’ai compris pourquoi la province était surnommée « terre rouge ». Un nuage de poussière rouge s’élevait après le passage de chaque véhicule sur la route en terre et venait donner une belle teinte ocre à mes vêtements.

De retour à Ban Lung, j’ai passé la nuit dans une charmante auberge tenue par les personnes de l’agence avec laquelle j’avais fait mon trek. Le lendemain j’avais mon bus retour à 10 heures mais je voulais d’abord aller visiter les quelques sites d’intérêt alentour, à savoir quelques chutes d’eau et un lac de cratère. Comme le temps m’était compté, j’ai choisi l’option du scooter pour me déplacer. Une grande première pour moi en tant que conducteur que j’ai bien appréciée surtout lorsqu’il s’agissait de passer par des chemins en terre en mode tout terrain. Voici les photos rapportées de mes visites.
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