J’ai envie de vous inviter dans mon quotidien… laissez-vous transporter en Asie, à quelques milliers de kilomètres de chez vous :
Il fait 43° dehors, des souffles d’air chaud vous prennent parfois par surprise. Le soleil est éclatant et d’ailleurs contrairement au Népal où les douches froides étaient plus difficiles, celles d’ici sont vraiment les bienvenues.
Maintenant que je suis rodée, fini le tuktuk je fais les trajets maison/école en scoot.
Si un jour on m’avait dit que je ferai du scooter dans les bidonvilles de Faridabad, j’aurai vraiment eu du mal à le croire. Je vous rassure je suis passagère, conduire ici equivaudrait à tenter de sortir indemne d’un saut à l’elastique sans élastique… ça serait idiot!
Pour le coup c’est un sentiment de liberté immense que ces escapades dégagent. Les cheveux au vent, le foulard pour se proteger du soleil brulant, le sourire aux lèvres, je m’enfonce dans les petites ruelles étroites où les habitants me dévisagent avec bienveillance.
J’arrive à l’école pleine d’enthousiasme et ces enfants ne font que le décupler quand ils m’accueillent avec d’immenses sourires.
Nous débutons les journées avec une leçon d’anglais de leur livre scolaire. Il s’agit toujours d’un texte suivi de nombreuses questions. Ayant remarqué qu’ils ne lisent pas très bien, je les fais lire un par un, parfois ça nous fait lire le même texte 10 fois de suite et nous prend un temps fou mais j’ai la patience et surtout je suis ainsi certaine que tout le monde progresse.
On passe ensuite aux réponses aux questions sur le texte et chacun fait de son mieux pour y arriver et ils aiment vraiment participer.
J’ai amené des jeux d’anglais (cartes, livres et autres), comme sur les autres destinations et ils adorent ça. Ça permet d’apprendre sans s’ennuyer, les langues faut que ce soit vivant!
Aujourd’hui la cloche annonçant la pause du repas n’avait pas fini de sonner qu’ils me demandaient de danser… c’etait pas tomber dans l’oreille d’un sourd ça… j’avais eu une journée de rab pour travailler la choré avant qu’ils s’en souviennent et surtout il m’était venu une idée 🙂
J’ai finalement choisi Waka Waka de Shakira pour le rythme et les gestes sympas et me suis mis en tête de leur apprendre.
J’avais pas commencé à danser que la plupart étaient à coté de moi et m’imitaient (même les garçons étaient à fond et me demandaient de regarder leurs gestes pour voir s’ils le faisaient bien… trop trop mignon).
Mais soudainement l’electricité a coupé (les indispensables ventilateurs au plafond aussi du coup) et nous avons tous suffoqué.
Les coupures sont assez frequentes en Inde et les indiens essaient de s’en accommoder tant bien que mal, mais honnêtement avec des temperatures comme celles-ci c’est tout bonnement impossible et quand vous voyez des enfants dégoulinants de sueur sur le visage qui souffrent de la chaleur extrême alors qu’ils essaient juste d’apprendre ça fait de la peine.
J’ai profité de ce moment pour parler avec le staff de leur besoin, et la directrice m’a avoué que leurs batteries electriques de secours étaient à sec et que le + beau des cadeaux pour eux comme pour les enfants serait d’en avoir des neuves pour éviter ce genre de situation.
Elle me montre l’énorme batterie du rez de chaussée en m’expliquant brièvement le fonctionnement et je lui explique que je vais (ou plutot que nous allons tous ensemble) les aider et fournir 2 grosses batteries neuves.
La joie sur le visage de la directrice était immense. Je sais qu’ils vont tous en profiter et surtout pouvoir travailler dans de bonnes conditions et ça, ça n’a pas de prix !
Pendant la coupure la salle de classe s’etant transformée en four, on est tous sortis dans la cour et ils m’ont demandé de rechanter pour eux (je l’avais fait le premier jour) ; si vous les aviez vu… ils m’ont fait m’assoir au milieu de la cour, se sont mis tout autour de moi et me regardaient avec un sourire jusqu’aux oreilles pendant que je chantais en les regardant… si je devais compter le nombre de fois où ils me font fondre comme ça!!
A la fin de la matinée, j’attendais qu’on me ramène en scoot quand la directrice m’a proposé d’attendre dans son bureau. J’ai pu alors assister à un moment très fort.
Une maman de 2 enfants vivant en bidonville est venue les amener et faire tout ce qu’elle pouvait pour que ces enfants intègrent cette école des rues.
(je ne l’ai pas compris de suite biensur, mais au fur et à mesure de la discussion et des gestes).
La directrice a commencé par la petite qui a du lire des phrases en hindi, parfois elle maitrisait, parfois moins. Nous étions 7 ou 8 dans le bureau : la directrice, la maman de la petite qui, on le voyait sur son visage, priait de toute ses forces ;
on sentait que pour elle, l’avenir de ses enfants dépendait de cette admission et s’en etait très touchant ; et puis d’autres personnes dont des mamans d’eleves et des professeurs. J’imaginais le stress de la petite à l’interieur et comment son coeur devait battre à toute allure. Je la regardais avec un large sourire pour qu’elle comprenne que j’etais de son coté et qu’elle gérait de fou même si la directrice ne disait rien et paraissait assez froide. Apres une longue lecture, elle l’a fait compter en hindi, là elle connaissait tout par coeur. Elle recitait avec une telle concentration que j’etais pendue à ses levres et aux reactions des personnes presentes pour savoir ce qui allait se passer ensuite. Face à l’enjeu de la situation, à sa mère et à toutes ces personnes, la petite gardait un tel serieux que mes yeux commençaient à briller d’émotion.
J’ai vu la directrice commencer à sourire, et se décrisper.
Là je n’ai finalement pas pu attendre et me suis mise à l’applaudir (avec de grosses larmes intérieures de joie). La directrice m’a suivi et l’a applaudi. J’etais aux anges !
La petite a eu immediatement aussi les larmes aux yeux mais essayais de ne pas le montrer en gardant son aplomb déconcertant. Cette scene etait extremement forte, j’ai alors eu la confirmation de ce que je pense depuis un petit moment grâce à cette magnifique aventure humaine : ce que chez nous nous considérons comme une malchance, un coup du sort et une chose triste ; j’entends par là etre en orphelinat ou en ecole des rues ; est une reelle chance pour les petits qui frequentent ces institutions ; voir à quel point ils en sont conscients, sont épanouis et heureux est juste quelque chose de magnifique !!
Sur ce beau moment j’ai du rentrer chez la famille d’accueil, mais je compte bien verifier demain si les petits ont bien été pris, en tous cas ça semblait très bien parti!
Une fois rentrée, j’ai continué à preparer des bracelets pour les petits que je leur donnerai le dernier jour. Ils sont tellement adorables qu’en 3 jours je me suis deja bien attachée à eux.
Je vous ferai un autre article sur eux très vite, avec tous les moments partagés ensemble, je suis rarement à court 🙂
Bonne nuit les amis☆



